Courte bibliographie de pédagogie de la transition écologique

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Quelques références sur la transition écologique

Il y a tellement de livres… Cette courte sélection, forcément subjective, privilégie le rapport au vivant puisque c’est le champ le plus innovant des dix dernières années.

Caroline Schaub: François Sarano, réconcilier les hommes avec la vie sauvage, Actes sud, 2017

Il fut parmi les premiers à plonger sans cage avec des requins. Et à constater que le requin ne mange pas spontanément l’homme. Depuis il plonge avec des cachalots, et apprend à les connaître. Un travail de longue haleine, mais cet ancien de Cousteau est un passionné passionnant. Ici dans ce livre d’entretiens très clair, il présente ses réflexions (et mille anecdotes extraordinaires) sur la façon dont nous pourrions vivre avec la vie des océans, au lieu de la saccager.

Baptiste Morizot, les diplomates, Wildproject, 2016

Une référence incontournable, écrite par un universitaire pisteur à ses heures « perdues ». Comprendre la pensée de l’autre (le loup), trouver des « diplomates » capables de trouver des outils de dialogue (la pensée « garou »), et vivre avec les loups puisqu’on ne veut plus les éradiquer (ce qui a finalement plus d’inconvénients que d’avantages) et qu’on ne peut pas les restreindre à des parcs naturels. Mais de là re-penser l’homme, la singularité de sa trajectoire sur Terre. Un ouvrage puissant, mais à la lecture exigeante.

Jacques Ellul, Le système technicien, Calmann-Lévy, 1977 (réédité depuis)

Un grand classique, qui n’a pas pris une ride. Comment la technique prospère, pour satisfaire… la technique. Et pas forcément l’humain.

Manuel de la grande transition, Campus De La Transition, éditions Les Liens Qui Libèrent, 2020

Une oeuvre multidisciplinaire, destinée aux étudiants afin d’intégrer la réflexion sur la Transition dans les différents champs de la pensée (dimension juridique, scientifique, politique…). 450 pages, et quelques approximations (ex: concept de « Transition » paradoxalement très peu conceptualisé et inséré dans les sciences humaines).

Dominique Bourg et Alain Papaux (dir.), Dictionnaire de la pensée écologique, PUF, 2015

Un outil bienvenu, incontournable, très vaste, mais de niveau universitaire et donc ne prétendant pas à une accessibilité immédiate.

Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres: ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent, Les arènes, 2017

Si vous ne l’avez pas encore lu, vous voyez ce qu’il vous reste à faire… Vous le trouverez facilement en occasion, tant ce fut un immense succès. Les dernières découvertes sur les arbres, rendues abordables. Après, vous aurez toutes les peines du monde à tailler votre rosier.

Laurent Muratet (dir.), Un nouveau monde en marche : Vers une société non-violente, solidaire et écologique, éditions Yves Michel, 2012

Un ouvrage collectif qui balaie bien des champs (des Indiens d’Amazonie au nucléaire, en passant par la méditation), histoire de ne pas passer à côté de grandes voix telles que celles de Pierre Rabhi, Jean Ziegler ou Matthieu Ricard.

Sylvie Brunel, A qui profite le développement durable ?, Larousse, 2008

Pour apporter une voix discordante, une géographe très engagée qui rappelle l’importance de la lutte contre la misère, quand l’écologie ouvre des opportunités aux pays riches et au capitalisme, selon l’auteur.

Livres de Pédagogie en Transition

Comme souvent les publications sont surabondantes pour le Primaire, mais plus rares pour le Secondaire. Et les auteurs se placent davantage sous le sceau de l’évidence que de l’explicitation des enjeux.

Cahiers pédagogiques, n°560, mars-avril 2020, Urgence écologique: un défi pour l’école

Par des acteurs convaincus, une approche riche de mille exemples: programmes, éco-délégués, numérique,…

Arnaud Diemer et Christel Marquat (dir.), Education au développement durable, De Boeck, 2014

Une base de réflexion solide, avec cependant des ouvertures originales vers le patrimoine ou la transition vue d’Afrique.

Lucie Sauvé, Isabel Orellana, Carine Villemagne, Barbara Bader, Education, environnement et éco-citoyenneté, Presses universitaires du Québec, 2017

Un regard d’outre-Atlantique, qui par-delà les aspects classiques insiste sur la dimension citoyenne et le respect des peuples premiers.

Pour aller plus loin: Dominique Cottereau, L’éducation à l’environnement, l’affaire de tous, Belin, 2014

Dépassant la sphère scolaire, ce livre replace l’éducation à l’environnement dans la société, pour tous les âges, tous les types d’acteurs. Les formes varient donc, ce qui contribue à notre réflexion.

Ecole et écologie ? Blablabla… N’autre école, n.18, hiver 2021-22

Une revue axée primaire-Freinet, militante, qui met les pieds dans le plat et lance de nombreuses réflexions, avec aussi des mises en pratique. Un bol de vitamines ou de poil à gratter, selon votre position.

Enseigner et participer au changement. Le développement durable au collégial, France Levesque, Véronique Biisaillon, éd AQPC, 2016

Pour un regard d’enseignants québécois (niveau fin de lycée début de supérieur), centré sur la diversité du Développement durable (pas que l’écologie), et sur les pratiques.

Et en bonus, une émission de radio

France Culture: Etre et savoir (Louise Tourret), 25 octobre 2021, COP26 : l’éducation face au changement climatique


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– Pour lequel de ces fruits a-t-il fallu émettre le plus de co² afin que vous puissiez l’acheter ?

Réponse :

Ce n’est pas si différent en réalité. Certes, la banane a nécessité un transport transatlantique réfrigéré et des hangars réfrigérés. Pas bon pour le co². Mais elle a été livrée en très gros volumes, sur des bateaux qui ne sont pas repartis à vide, en employant des méthodes de réduction de coût efficaces (et donc modernes). Une banane de Guadeloupe/Martinique, bien entendu !

Le circuit court, lui, c’est ou bien un petit producteur qui se déplace pour livrer et repart à vide, ou bien le consommateur qui se déplace individuellement. Sans même compter le niveau de performance des moyens utilisés, le bilan co² par kg de fruit est donc assez mauvais.

Sur ce dossier comme sur d’autres, la question est plus complexe, d’où ci-dessous deux sources : une qui reflète l’étude critique, une qui nuance. Mais il était important de ne pas rester sur une vision idéalisée du local et diabolisée de la grande logistique, l’objectif étant de limiter les émissions de co².

https://www.terra.bzh/node/27242

https://www.notre-planete.info/actualites/3354-circuits_courts_environnement

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– Si l’on croise un de ces animaux, que doit-on faire, dans l’intérêt de la biodiversité ?

Réponse :

Les tuer.

Ce sont des espèces invasives : ragondin, écrevisse de Louisiane, moustique tigre. Suite à leur introduction par l’homme elles ont chassé les espèces indigènes et ravagé leurs écosystèmes à la biodiversité déjà altérée par l’action directe de l’homme ( on y a notamment déjà éliminé quantité de prédateurs, loups et ours, oiseaux mangeurs d’insectes, poissons carnassiers, etc.). Quand on voit le temps qu’il faut pour que se construise un écosystème en équilibre relatif… Le cas du frelon asiatique est assez emblématique.

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– Relie la photo de gauche à celle des photos de droite qui en est le plus proche pour ce qui est du respect du vivant.

Réponse :

C’est la photo la plus à droite, bien entendu. Les arbres plantés et taillés n’ont rien de « naturel ». Ils ne peuvent pas s’appuyer, comme dans une forêt, sur des décennies, des siècles de biodiversité, de tissage de liens souterrains, de coopérations entre espèces végétales et animales variées. Ils sont seuls face aux maladies, au coups de vent ou de chaleur. Ils voient leurs choix de croissance entravés par les tailles. Ils vivront bien moins longtemps que des arbres de forêt, et moins bien. Comme des tigres en cage, domptés pour faire des tours qu’apprécient des humains ( ?).

Pour voir avec les arbres, le classique « La Vie secrète des arbres », Peter Wohlleben, Les arènes, 2018.

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– Ce tract propose-t-il une option favorable à la défense de la nature ?

Réponse :

C’est compliqué. Certes, on peut considérer que le risque nucléaire est élevé quand il a accident. Toutefois, l’éolienne n’est pas anodine pour autant.

Faisons un rapide calcul (les valeurs chiffrées ne sont ici que des ordres de grandeur, bien entendu, chaque chiffre pouvant être longuement discuté). Soit l’éolienne (en mer) la plus puissante actuellement au stade du prototype, l’Haliade-X : elle est donnée pour produire 12 MW. Mais cela hors entretien et en fonction de la vitesse du vent, donc sur l’année elle produit 20-25% de son potentiel maximal. Pour simplifier, donnons-lui 2.5 MW.

Soit un réacteur en service en France actuellement (donc une ancienne technologie, moins puissante que les actuelles), d’environ 1 000 MW, avec de très rares phases d’arrêt. Mettons 950 MW en moyenne.

950/2.5= 380

Il faut donc 380 Haliade X pour produire autant qu’une ancienne tranche réacteur nucléaire

Précisons que ces éoliennes en mer ont un rayon de 220 mètres, imaginons 3 éoliennes dernier cri par km. Il faut alors 127 km de long pour les implanter. Et les implanter solidement, au fond de la mer, car elles culminent à 260 m de haut. A quoi on ajoute les câbles, les transformateurs (de la taille d’un immeuble, en off-shore), et l’entretien régulier. On imagine ce que devient le plateau continental, avec poissons et crustacés : une usine.

Surtout si l’on considère qu’il y a en France 56 réacteurs nucléaires, soit :

56 x 127 km = 7 112 km de long…

Nous n’évoquerons pas ici la quantité très importante de métal nécessaire à cette industrie, les immenses pièces en fibres de carbone non recyclables [1], et surtout les métaux rares, indispensables à la fabrication de courant avec des éoliennes, extraits de montagnes de Chine dans des conditions écologiques effroyables [2] et qui nous placent en situation de dépendance stratégique avec un pays…inamical.

Bien entendu, personne de sérieux ne propose de remplacer terme à terme un système centré sur le nucléaire par un système 100% éolien, mais alors cela veut dire qu’il faudrait aborder l’installation des nombreuses centrales au gaz (de Russie…) ou au charbon (co²), indissociables de l’éolien pour produire rapidement du courant tout le temps où il n’y a pas le vent adéquat et offrir un système complet.

Au final, pourquoi ce tract défend-il l’éolien en mer (on ne parle même pas sur terre, où les pales sont bien plus petites et les résistances plus fortes) ? Entre un risque élevé mais rare et la destruction assurée du plateau continental, avec une dépendance à Vladimir Poutine en prime, où est le gain ? Autant critiquer les deux sources.

Mais alors, comment fait-on du courant ?…

La vraie question est peut-être, pour quoi fait-on du courant ? Et de se rappeler qu’une voiture électrique, c’est d’abord une voiture (aussi polluante en cycle complet qu’une thermique selon l’ADEME [3]).


[1]: Les pales des éoliennes démantelées sont aujourd’hui enfouies après une vingtaine d’années de service, faute de filière rentable à ce jour comme le montre un article de l’Usine nouvelle. Or la taille de ces pales est passée de quelques dizaines de mètres à plus d’une centaine. La recherche continue.

[2]: « La guerre des métaux rares, la face cachée de la transition écologique », Guillaume Pitron, LLL éditeur, 2018 ; il a reçu le prix du livre d’économie 2018 par l’association des journalistes économiques français.

Ou bien « La face cachée des énergies vertes », reportage inspiré par ce livre, Arte, 24 novembre 2020, avec notamment une intervention d’Yves Cochet (https://www.arte.tv/fr/videos/084757-000-A/la-face-cachee-des-energies-vertes/)

[3] https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/90511_acv-comparative-ve-vt-rapport.pdf Qui conclut: « à l’horizon 2020, le véhicule électrique modélisé pour une utilisation en Allemagne affiche une contribution à l’indicateur de changement climatique aussi élevée que celle d’un véhicule Diesel. » En France, c’est mieux pour le co²… à cause du nucléaire. Le sujet est un cas d’école, qui oppose les industriels entre eux, les écologistes entre eux. Cf https://www.latribune.fr/opinions/blogs/commodities-influence/mais-d-ou-vient-exactement-l-information-anti-voiture-electrique-865104.html, lorsqu’un spécialiste du marché des métaux tacle un lobby pétrolier.

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– Samya doit-elle ouvrir sa fenêtre quand passe le tracteur qui traite le champ voisin ?

Réponse :

Cela dépend si la pièce dans laquelle elle se trouve a déjà été aérée ce jour-là ou pas. Plusieurs produits phytosanitaires sont reconnus comme étant cancérigènes[1], mais comme souvent tout est question de concentration. Or il semblerait que seule une faible partie s’envolera vers elle (le principe est de traiter la terre, non l’air [2]), tandis que le risque des pollutions domestiques quotidiennes (tabagisme passif, détergents ou bougies aux parfums cancérigènes, particules…) est avéré. Donc il y a toute la différence entre une vingtaine de cas d’agriculteurs malades en France, ce qui est déjà trop (beaucoup plus aux Etats-Unis, dans des conditions en partie différentes cependant), et 20 000 morts par an en France par pollutions domestiques. On n’a toujours pas enregistré de cas grave chez des résidents vivant dans des zones agricoles (et c’est heureux !), en n’oubliant pas que ces produits sont employés depuis près de 60 ans. Après on est dans les débats sur les faibles doses, mais le niveau d’incertitude atteint alors des sommets.

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et l’INERIS (Institut national de l’environnement industriel et des risques) ont mené en 2018-19 une première étude sur les résidus de pesticides présents dans l’air, certes pas à proximité immédiate des champs. Les quantités décelées sont si minimes que l’ANSES a estimé qu’il n’y avait pas de risque sanitaire. Pour le glyphosate, le gouvernement français (E. Philippe) a lancé un appel d’offres international (250 organes sollicités) pour étudier son possible effet cancérigène. Mais seuls 2 organismes ont répondu, dont un dirigé par l’auteur du cahier des charges et l’autre étant le Centre international de recherche sur le cancer dont les travaux étaient déjà connus comme étant défavorables au glyphosate. Difficile d’avoir une vision claire dans ces conditions.

Mais entre ce qui tue assurément, et ce qui tuerait peut-être un jour…

Cependant, si le bruit du tracteur dérange sa mère qui regarde un match de rugby, elle pourra aérer la pièce à un autre moment.

Pour plus d’informations :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/11/la-pollution-de-l-air-interieur-couterait-au-moins-20-milliards-d-euros-par-an-en-france_4399429_3244.html

https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/epandage-de-pesticides-et-sante-que-dit-la-science


[1] Parfois à l’issue d’un chemin de croix judiciaire scandaleux (ex: https://lareleveetlapeste.fr/victoire-definitive-pour-lagriculteur-paul-francois-contre-monsanto).

[2] Dans la terre où l’accumulation est inquiétante comme le montre une étude sur les lombrics (https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/29/des-niveaux-alarmants-de-pesticides-mesures-dans-les-sols-et-les-vers-de-terre_6057724_3244.html).

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5 devinettes d’écologie iconoclaste

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Transition écologique: enseigner l’impuissance amère ou l’engagement ?

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Faire de la pédagogie, dans le flou des concepts et des Instructions officielles

Comme on a pu le voir dans les parties de ce site consacrées aux concepts, entre Environnement, Développement durable et Transition écologique, sans même parler de Vivant, les divergences sont profondes. Or, comme le montre l’étude des Instructions officielles, la commande institutionnelle laisse une large marge d’appréciation…

Mais n’est-ce pas justement notre chance, le problème n’est-il pas la solution ? Si l’on raisonne par l’inverse, un choix affirmé du Ministère aurait suscité bien des débats (on sent qu’il incline vers le Développement durable, certes, mais la porte reste ouverte). Une communauté intellectuelle tout entière gagnée à un concept unique ne créerait pas d’espace de discussion, ce qui est le coeur de notre métier.

Il nous est donc loisible de nous emparer de ces marges, de ces zones de frottement, de friction, pour enseigner les questions écologiques comme des questions ouvertes, de distinguer les faits et les opinions. De faire notre travail.

Cet enseignement, outre la raison, nécessite aussi une implication personnelle.

Les savoirs acquis ne serviront que minoritairement dans la vie professionnelle des élèves. Et comme ces savoirs sont de nature à modifier des habitudes de vie quotidienne, il faut que la motivation intrinsèque soit forte pour que les élèves les appliquent réellement. Sinon ils continueront à préférer venir en scooter plutôt qu’en bus, après un cours sur le réchauffement climatique.

Et comment s’impliquer pour défendre une nature dont on ignore jusqu’à l’existence, la légitimité, … la beauté ? Le confinement a permis à beaucoup de réentendre les oiseaux de leur cour, de leur rue (vive l’application gratuite Birdnet). La nature est parmi nous (et c’est ce à quoi nous invitent à réfléchir les livres de Baptiste Morizot par exemple). On repense à la longue tradition de sorties sur le terrain, de classes vertes, encore pratiquées en Suède.

La sensibilisation au vivant est donc une étape primordiale pour donner sens à ce travail.

Ce ne sont là que quelques points d’attention, le débat sur l’implication personnelle pouvant aller bien plus loin comme le montre l’étonnant article consacré à l’éducation au Développement durable dans le Dictionnaire de la pensée écologique. [1]

Entre posture simpliste et complexité du réel, où se placer ?

Certes le déni des problèmes ou à l’inverse la vision catastrophiste sont rares. Mais plus couramment, puisque les discours des autorités (Etat, grandes entreprises) sont perçus comme trop rassurants et que le temps manque, une vision rapide aboutissant à une approche simple est diffusée : un constat de dégradation, suivi de la mise en cause d’une activité fautive, aboutissant à l’invocation de l’inaction atavique des politiques et de la quête mercantile des entreprises.

On laisse donc nos élèves avec leurs bonnes intentions en plein désarroi. Impuissance, colère, en guise de conclusion pédagogique ?

Ne peut-on pas aller plus loin, et explorer plus profondément les sujets ? Rien n’est-il fait ? Les solutions « vertes » ne sont-elles que vertueuses ? Cela aiderait à comprendre le point de vue des décideurs, qui doivent agir dans une réalité complexe et avec beaucoup d’incertitudes.

D’autant que la complexité n’est que rarement explicitée. Déjà, à un premier stade, en quoi un comportement est-il dommageable, en vrai, concrètement ? Après tout, en quoi le fait de jeter un papier à la poubelle pose-t-il problème ?

Le schéma ci-joint tente une première approche, très simplifiée (uniquement sous un angle négatif, ce qui est une première limite), de ces chaînes de conséquences.

Il est vrai que pour accéder à cette complexité, il faut tout d’abord sortir de notre sentiment d’évidence, en tant qu’adultes. Nous remettre en question, réfléchir ce que nous croyions avoir compris; mais sommes-nous tant capables d’expliciter ? Des éléments d’information sont en réalité difficiles à obtenir. Entre la communication aseptisée des grands groupes ou des administrations et les instructions uniquement à charge de leurs adversaires, où est la vérité, fut-elle complexe ?

Paradoxalement, c’est encore plus difficile lorsque Etat, entreprises et mouvements écologistes parlent d’une même voix (comme dans le cas de l’éolien par exemple).

Histoire d’illustrer cette complexité, voici un petit jeu.

5 devinettes d’écologie iconoclaste

On voit que cet enseignement proprement civique a maille à partir avec des compétences présentées dans d’autres pages de ce site, la construction d’un esprit critique ou la mise en place de débats.

L’idéal ancrage dans des pratiques concrètes, et sa difficulté

Toujours pour le même objectif: que la pensée écologique ne soit pas qu’un discours, mais intègre leurs pratiques et fasse la preuve de sa pertinence. Des faits plus que des mots.

Or les élèves n’ont qu’une faible capacité d’initiative.

Il est donc nécessaire que les adultes de l’établissement illustrent par l’exemple les principes qu’ils affichent, tandis que les élèves sont initiés aux bases intellectuelles de la transition et progressivement associés, impliqués dans leur mise en œuvre. Il est aussi très important que les adultes et les élèves communiquent, pour que les uns sachent ce qui est fait dans leur établissement pour l’environnement (si le cuisinier s’attache à cuisiner bio mais que ce n’est pas su, l’effet d’entraînement est annulé) et que les autres ne gardent pas pour eux leurs projets de classe. Une dynamique positive peut alors se créer.

D’ailleurs les actions concrètes ont besoin de temps pour produire leurs effets. La question de la transmission à d’autres personnes par les initiateurs, mais aussi plus simplement de la continuation quand viennent les examens ou les vacances, pose des problèmes redoutables. Un jardin dont les légumes pourrissent sur pied l’été, ou un arbre dépérissant faute d’être arrosé à ses débuts ruinent bien des engagements. La notion de communauté impliquée prend alors son sens et permet de trouver des solutions, ou de constater que le projet n’était pas adapté.

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[1]: « Nous avons là une forme d’injonction paradoxale puisque c’est demander aux enfants de penser et d’agir pour partie contre eux-mêmes. Le professeur, quant à lui, doit assumer de jouer une rôle de parricide mais aussi, d’une façon ou d’une autre, de défendre le passé, parce que l’enseignement est inséparable de la réappropriation des savoirs des générations antérieures. »

« L’individualisme contemporain ne correspond plus tout à fait à son idéal « moderne », l’individualisme d’universalité. […] L’individualisme est devenu individualisme de singularité, reconnu pour et par sa différence. […] Aussi prendre acte du besoin d’un apprentissage de l’autonomie dans l’interdépendance implique-t-il de former à « la mise en question de l’institution donnée de la société ». […] Cela supposerait que les moeurs se réforment sous l’impulsion directe et immédiate de la rationalité.[…]. Le moteur des transformations collectives les plus profondes a souvent trouvé son énergie dans le sentiment religieux (les religions, elles-mêmes, le progrès des sciences et des techniques, voire l’argent). Par conséquent, susciter un mouvement de fond passe peut-être par ne pas craindre de donner à l’ Education au Développement durable une dimension ouvertement « religieuse ».« 

Dictionnaire de la pensée écologique, Dominique Bourg et Alain Papaux, PUF, 2015, article « Education au développement durable » par Jean-Philippe Testefort

Pic: un concept-clef pour notre temps

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Initialement, le terme servit surtout à désigner le maximum annoncé de la production de pétrole (peak oil) : on pompait plus dans les puits qu’on ne découvrait de nouvelles nappes, donc un jour viendrait où la production diminuerait, alors que les besoins ne feraient que croître avec le développement des pays riches puis des pays pauvres. On se battrait pour un pétrole rare.

Mais, malgré trois phases mondiales d’inquiétude sur ce « pic », on n’a cessé depuis de trouver du pétrole, aux quatre coins de la planète, certes plus complexe et coûteux à exploiter (en mer, dans de la pierre de schiste, etc.), mais en grande quantité. On n’en manquera pas (hélas) avant des décennies au moins.

En revanche, on observe aujourd’hui des pics de consommation dans tous les pays riches :

pic viande : après une hausse constante depuis la mi-XIXe, la consommation de viande par habitant, surtout de viande rouge, y diminue par changement des modes d’alimentation.

pic objets : après deux siècles d’augmentation du nombre d’objets achetés par les individus (habits, jouets…), un pallier s’observe, au profit de l’achat de services ; cette tendance est renforcée par les progrès techniques : un smartphone remplace l’appareil photo et la caméra, le porte-monnaie et le chéquier, les tickets de train ou les entrées de musée, pour ne pas parler du carnet d’adresse. Idem pour les jouets supplantés par des consoles de jeu, les disques et films par le téléchargement…

Insistons sur le lien entre cette notion et les pays riches: tandis qu’une partie de la planète ne trouve plus chic de manger un rôti de boeuf le dimanche midi et se promène dans des brocantes débordant d’objets à peine utilisés mais déjà démodés, une autre part de l’humanité se réjouit de pouvoir enfin ajouter quelques protéines à son assiette de riz cuit dans l’huile et habite dans une pièce unique au mobilier rare. Il se passera encore du temps pour que la satiété ait touché toute l’humanité.

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Nature, Développement durable ou Transition écologique: la bataille des mots

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Les mots ont changé, et avec eux le sens donné à l’action en faveur de l’environnement. Lesquels employer aujourd’hui sans prendre parti ?

Le temps des défenseurs de la Nature et de l’Environnement

Les années 1950-80 ont vu se multiplier les initiatives de défense de la nature, atour d’associations défendant des variétés animales (ex : actions contre la chasse, contre la pêche des baleines…) ou certains espaces emblématiques (ex : le plateau du Larzac).

La coalition de ces mouvements a débouché sur des partis écologistes (« verts »).

Le temps du Développement durable contre la décroissance

L’écologie a basculé dans une approche plus globale de la société et une critique du développement économique.

Allions-nous vers un épuisement des ressources terrestres ? On se mit à parler de « pics » de production.

Pic: un concept-clef pour notre temps

Allions-nous vers des atteintes à la santé humaine ? On vit de plus en plus une contestation contre l’énergie nucléaire, dont la naissance s’était accompagnée de pratiques dangereuses, puis la mise en accusation des nouvelles techniques agricoles (désherbants, OGM…).

Ces contestations très polémiques, discutées, maintenaient le discours écologiste dans une petite partie de la population. D’autant que pour avoir moins d’objets, moins de productivisme, il fallait moins d’hommes. D’où l’idée de décroissance avancée par certains.

Mais dans la même temps les gouvernements du monde entier cherchèrent à réconcilier l’idée de progrès, chère aux humanistes depuis les XVIe-XVIIIe, et l’idée de nature.

Certes le progrès touchait de plus en plus des pays autrefois souffrant d’une misère violente. L’espérance de vie progressait partout (+ 20 ans dans le monde en 60 ans !), et avec elle la richesse par habitant, l’alphabétisation des garçons et des filles…

Mais il fallait corriger les effets négatifs sur la nature de ce progrès, car les gains d’aujourd’hui menaçaient les gains des générations à venir.

Ainsi naquit l’idée de Développement durable, dont la « fleur » montre le nécessaire équilibre entre nature, économie, justice sociale (et cultures). La démocratie est l’outil indispensable pour trouver l’équilibre entre des besoins bien souvent contradictoires [1].

Une fois établi que la planète disposait d’assez de matières premières et de capacités agricoles pour répondre aux besoins sans cesse croissants, loin des fausses évidences, le débat se plaça sur l’impact de cette croissance sur les grands équilibres et écosystèmes [2]. Et les vraies urgences apparurent rapidement, avec notamment :

* la chute de la biodiversité : elle était largement entamée depuis des millénaires, avec la domestication, l’éradication des prédateurs et les défrichements, mais on en prenait désormais conscience, l’efficacité industrielle atteignait radicalement les formes de vie sauvage jusque là préservées dans les pays riches et les derniers refuges dans les pays pauvres reculaient avec leur développement.

* le réchauffement climatique : les effets d’un siècle d’industrialisation et d’émission de co² commençaient à se faire sentir indéniablement.

On négocia pour concilier croissance économique et préservation des grands équilibres.

A l’échelle nationale et européenne, des avancées considérables furent aussi enregistrées: création de parcs naturels, protection des littoraux, réintroduction de prédateurs, obsession pour les économies d’énergie, double coque pour les pétroliers, aides à la filière bio…

Le temps de la Transition écologique, une ou plurielle

Et puis vint la crise mondiale de 2008, la Chine devint une puissance non coopérative et menaçante, d’où viendrait en plus le coronavirus… L’agenda plein d’urgences et de rivalités concrètes signa l’échec du développement durable. Qui allait payer le prix de l’écologie ? Les pays émergents, tentés de déforester et pollueurs, ou les pays riches, donneurs de leçons mais ayant détruit bien avant ?

Or il faut plus que jamais mobiliser face à l’urgence du réchauffement (comme l’illustre la fonte des glaces des pôles )  et de la chute de la biodiversité (1/3 d’oiseaux en moins dans les campagnes françaises en 15 ans ! ).

Au détour des années 2010 on parla alors de Transition écologique. Terme habile. Il emploie un des mots du progrès :« transition », comme la transition démographique ou démocratique par exemple. Il s’agirait donc d’une loi, « un processus inéluctable, déjà engagé »[3] dans une vision téléologique de la modernité.

Mais il ne parle plus que d’écologie. L’économie et l’égalité sociale ne sont plus explicitement présentes.

Le monde serait obligatoirement écologiste, ou contre les  « lois » de l’évolution il sombrerait.

Le courant décroissant est même dépassé par des personnes envisageant la destruction de l’humanité : les « collapsologues » (anglicisme).

Cependant, le Dictionnaire de la pensée écologique laisse planer un doute. Il n’y a en effet pas une définition de la Transition, mais deux. Et la seconde place le sens non plus sous le sceau de l’inéluctabilité, mais dans le sens d’un processus commun à toutes les sciences humaines, avec un avant, un décollage, une accélération et une stabilisation. Et s’agissant de phénomènes très vastes, « les transitions systémiques échappent au contrôle, au sens qu’on ne peut ni les provoquer, ni les arrêter, en revanche il doit être – il est en fait- possible de les orienter, de les canaliser. »[4] On voit l’importance de la nuance: plus de téléologie, juste un outil d’analyse. On retrouvera ce point dans les programme scolaires.

Les appellations du Ministère dédié aux questions environnementales: un révélateur de l’évolution sémantique

  • 1971 : Ministère de l’Environnement
  • 2007 : Ministère de l’Ecologie et du Développement durable
  • 2017 : Ministère de la Transition écologique et solidaire
  • 2020 : Ministère de la Transition écologique

Vers le « Vivant » ?

A tant voir les problèmes désormais bien documentés on en oublie parfois tout le chemin parcouru, les réussites engrangées, et le fait qu’aucune époque n’a déployé autant de moyens pour se mettre à l’écoute du non-humain. Avant, ce n’était pas mieux.

D’où l’intérêt de la pensée de Baptiste Morizot. Philosophe à l’université d’Aix-Marseille, pisteur, il développe le concept de « Vivant« . Le vivant, c’est l’homme qui dialogue avec la nature, à égalité, ni dominant ni dominé. Et cherche la voie d’une « diplomatie ». Ce qui vaut tant pour le partage de territoires avec des loups mieux connus et compris que pour des forêts en « libre évolution » mais où l’homme aurait la place… qu’il a toujours eue, comme habitant légitime de la planète.

Ce serait peut-être une manière de réduire le fossé sociologique entre des centre-villes votant écologiste (donc dans une niche avec de faibles réservoirs de voix) et des périphéries et campagnes majoritairement opposées, comme le montrent régulièrement les élections en France [5].

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter la Courte bibliographie de l’enseignement de la Transition écologique.


[1]: D’où l’idée de développements durables, au pluriel, avec des équilibres différents selon les choix des peuples. Comme l’illustre l’ « Atlas des Développements durables, Un monde inégalitaire, des expériences novatrices, des outils pour l’avenir », Yvette Veyret, Paul Arnould, Cyrille Süss, Autrement, 2008

[2] : Sur ce sujet, on peut lire « Les limites planétaires », Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, La découverte, 2020. « Durant cette période, la disponibilité des ressources naturelles a occupé l’essentiel des débats. Et force est de constater que, sur ce sujet, les prévisions alarmistes de Thomas Malthus et de ses successeurs n’ont pas été vérifiées à l’échelle planétaire: l’humanité est parvenue jusqu’à présent à repousser le spectre de la pénurie générale, et ce malgré l’accroissement de la population mondiale et de son niveau de vie matériel. » Les auteurs s’appuient sur les travaux du Stockholm Resilience Centre, dont les chercheurs dans un article de la revue Nature ont défini 9 processus devant faire l’objet d’une vigilance extrême en raison de leur impact systémique.

[3]: Dictionnaire de la pensée écologique, Dominique Bourg et Alain Papaux (dir.), PUF, 2015, article « Transition » (point de vue 1 par Alain Grandjean et Hélène Le Teno)

[4]: Dictionnaire de la pensée écologique (op.cit.), article Transition (point de vue 2 par Paul-Marie Boulanger)

[5] : La Fracture écologique, Erwan Ruty, revue Esprit, septembre 2020

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