Accueil > Les grandes compétences: Dire, débattre

a) Enjeux

  • Les techniques de communication, très présentes dans l’enseignement professionnel ou technique, le post-bac et le monde professionnel, restent paradoxalement assez peu connues dans le secondaire général
  • Une prise de parole lourde de sens
  • Le débat dans les cours

b) On fait comment ?

  • Multiplier les prises de parole
  • Professionnaliser la prise de parole
  • Mettre en place des débats structurés

a) Enjeux

* Les techniques de communication, très présentes dans l’enseignement professionnel ou technique, le post-bac et le monde professionnel, restent paradoxalement assez peu connues dans le secondaire général

Pour des professionnels de la parole, ce n’est pas le moindre des paradoxes…

On observe pourtant que de plus en plus d’organismes du supérieur organisent leur sélection en plaçant les élèves en groupe devant discuter, et évaluent ainsi leur capacité au leadership et au travail en équipe. Les élèves préparés ont davantage de chances d’être pris.

La conséquence est l’injonction répétée de ces milieux, et en cascade du ministère de l’Education nationale, de renforcer la place de l’oral dans l’enseignement.

Cela s’est traduit fortement dans les Instructions officielles de la Maternelle au Lycée, avec des traductions dimensionnantes dans la manière d’enseigner les langues, ou dans l’introduction de nouvelles épreuves orales d’examen, le dernier en date étant le Grand Oral du bac.

Néanmoins, les années passant, pour l’élève la prise de parole demeure largement le domaine de l’improvisation, aucune expertise ne se dégageant des expériences multipliées (au mieux) mais trop peu analysées.

* Une prise de parole lourde de sens

  • L’importance est aussi citoyenne.

Dans nos sociétés que l’on dit gagnées par l’individualisme, le partage de la parole à l’occasion de débats n’est pas une évidence mais un construit. Surtout si l’on désire qu’il aboutisse à une réponse commune [1]. L’expérience qu’en ont quotidiennement les élèves est celle des réseaux sociaux, blogs et forums, et de la télévision, où l’invective est monnaie courante, alors même qu’en réalité les réseaux sociaux sont surveillés par de puissants algorithmes et de nombreuses équipes de modération éliminant les messages les plus virulents. Se trouve alors posée la question de l’anonymat dans un débat.

Au sein de l’école, pas d’entreprise spécialisée dans la modération, alors que le public est le même. Le besoin d’échanges est pourtant important, d’autant que la capacité à verbaliser son ressenti est un outil majeur de fluidification des relations entre élèves et entre les élèves et les adultes (enseignants, CPE, COP) dont tout le monde ne peut que bénéficier.

  • Mais l’importance de la prise de parole dépasse largement, pour un public adolescent, la simple technique oratoire. Elle a partie liée avec la construction de l’image de soi, de son identité intégrée au sein du collectif, de la légitimité (ou non) de sa prise de parole.

La différence garçon/fille est d’ailleurs très importante dans les modes de communication ainsi que dans le regard porté sur la prise de parole publique, surtout lorsqu’elle prend un tour conflictuel. Il faut donc l’appréhender avec précaution mais détermination. Une part de notre engagement républicain se joue ici. Et particulièrement en direction de celles et ceux qui n’ont pas hérité de leur famille les codes acceptés dans une prise de parole validée par les instances dirigeantes, et qui peuvent être très éloignés des codes pratiqués dans le milieu familial, le voisinage ou le groupe de camarades… Il y a une remise en cause difficile, parfois cruelle, à accompagner sans jugement facile et humiliation. Mais sans faiblesse non plus.

La prise de parole s’inscrit dans une vaste série de codes, qu’analysent en particulier les enseignants de lettres et dans l’enseignement technique ou professionnel les enseignants en charge de la communication. Pour les enseignants des autres matières il peut être utile de s’appuyer sur leurs conseils et leurs savoir-faire au moment de s’interroger sur une activité.

Le dossier de Sciences humaines sur l’art de parler (mars 2019) permet d’approfondir ces questions, avec notamment un article sur les femmes en tant qu’orateur.

* Enfin la voix est le vecteur de l’oralisation des contenus enseignés.

Il s’agit ici des contenus apportés, stricto sensu, mais aussi de la parole de personnages importants ou de celle des élèves, de textes de référence ou d’écrits personnels. Cela peut sembler secondaire eu égard aux formes d’évaluation qui sont couramment pratiquées, mais rendre leur cohérence, leur couleur aux mots prononcés participe de leur appréhension globale et donc durable par les élèves. L’archétype en la matière est la voix, la diction de De Gaulle, sans lesquelles ses prises de parole perdent un part de leur suc.

Mais mettre en voix un écrit d’élèves, avec la dignité de la prise de parole publique, est tout aussi important. Ils s’en souviennent toute leur vie.

Et une partie de l’échec des MOOC (massive online open courses: cours en ligne) se joue ici. Sans la corporéité et la voix de l’enseignant, certains élèves concrétisent, visualisent, encodent moins facilement.

* Le débat dans les cours

– Les débats peuvent s’engager dans de multiples cas de figure, en fonction de l’objectif visé par l’enseignant. Le schéma ci-dessous en distingue trois catégories : enseignement de compétences, enjeux civiques, cohésion du groupe [2]. Bien entendu, elles sont intimement liées et interviennent toujours, au moins implicitement et selon des dosages divers, dans le déroulé du débat.

Les usages du débat dans un cadre scolaire

Arbitrer la centration de l’activité que l’on désire mettre en place va conditionner toute l’architecture du débat.

Si l’on privilégie la recherche documentaire, le débat n’intervient que comme élément de motivation et de fixation des connaissances. Si l’on souhaite centrer son travail sur le respect mutuel dans la prise de parole, la phase documentaire peut être accélérée. Et si la dimension civique de la prise de décision collective est privilégiée, il faudra probablement réserver du temps pour une réflexion rétrospective à l’issue de la séquence.

Ces choix vont aussi jouer sur le niveau de polémique induit par le thème du débat ; il est toujours difficile d’arbitrer entre des sujets banals, ne suscitant pas l’intérêt, et des sujets trop clivants déclenchant des passions.

La richesse des utilisations possibles des débats en fait un objet propice aux approches transdisciplinaires, notamment auprès des collègues de langues qui le pratiquent souvent.

L’évaluation de la prise de parole oscille donc entre respect des demandes techniques et prise en compte de l’effort fourni par l’élève en fonction de son niveau de timidité ou d’exposition au stress.

– On l’aura compris il est fondamental d’avoir préparé la prise de parole des élèves avant de les exposer au regard de toute la classe. Ici aussi la progressivité et les marges de liberté laissées aux élèves (abordées notamment dans les pages de ce site consacrées à l’autonomie des élèves, notamment dans ses enjeux globaux ou liés à une activité scolaire ) sont déterminantes pour ne pas blesser l’identité des élèves et les pousser à jouer un rôle négatif, afin de se protéger.

[Pour des raisons de commodité, la présentation de l’oral et du débat est dissociée celle qui est consacrée à la structuration du propos ; leurs liens sont bien entendu très forts.]

b) On fait comment ?

* Multiplier les prises de parole

– Demander à un élève de présenter rapidement un fait d’actualité de son choix (en lien avec la matière : actualité étrangère, scientifique, géopolitique…), une fois par semaine ; un travail ne débouchant pas sur une note, et pourtant assez bien suivi ; une ½ A4 avec titre, court texte et illustration peut être placée au mur, elle construit une mémoire de l’actualité ; on peut voter pour l' »actu du mois », ou du trimestre, ou de l’année…

– Libérer la parole en classe : encourager celles / ceux qui posent des questions simples (ça sert en fait à plusieurs) – tout en déjouant ceux qui veulent nous faire parler pour ralentir le cours…-, se faire l’avocat du diable en montrant la logique de points de vue décriés – sans perdre de vue la morale républicaine- …

– Lors de séances d’Accompagnement personnalisé, certains élèves peuvent préparer un exposé sur un petit point complémentaire au cours et intéressant, tandis que les autres sont pris à part pour travailler une difficulté.

On peut aussi proposer des exposés facultatifs en cours de chapitre, de même, sur des points courts et motivants (les élèves qui veulent montrer qu’ils travaillent ou qui sont intéressés peuvent en profiter).

– Faire réaliser les oraux en binômes à l’échelle de la classe : un s’exprime, l’autre évalue en fonction de critères définis, puis on inverse. Cela remue la salle, c’est très bruyant, la première fois c’est moyennement efficace, mais ensuite le plis est pris et permet de multiplier les exercices en peu de temps. C’est particulièrement efficace en vue d’épreuves comportant un oral.

– Oser le loufoque : faire préparer une conférence-débat à deux orateurs qui auraient à statuer sur des sujets exotiques (par exemple le classique : l’homme descend du homard) ; cela permet de manière détendue et surtout rapide de vérifier si les élèves ont acquis certaines techniques que l’on vient de mettre en place.

– Pratiquer le jeu de rôle : s’exprimer « à la façon de » (un journaliste, une grande patronne, un militant féministe, une sportive…)

– Faire un échange de videos avec un établissement étranger : enregistrer une video portant sur un fait d’actualité mondial ou local, sur un site remarquable… en anglais, allemand, espagnol, etc., la poster sur internet (avec une accessibilité limitée), et recevoir en échange une video de l’autre établissement, chaque semaine ; la video peut débuter par un commentaire positif sur la video reçue ; l’autre établissement peut conserver sa langue nationale, ce qui facilite la recherche d’un établissement partenaire.

– Faire intervenir une personne devant les élèves dans l’établissement (une classe, trois classes…): réfugié(e) politique, entrepreneur, femme/homme politique, artiste, ingénieur revenant de Fukushima… Les questions sont préparées à l’avance, à l’aide d’une recherche ou d’un dossier. Cette intervention peut se placer lors d’une visite : un scientifique après la visite d’un accélérateur de particules, un agriculteur après la visite d’une usine agro-alimentaire, un député après la visite du Parlement européen…

– Obliger les élèves à rencontrer des personnes à l’extérieur du lycée : enquête de terrain sur l’eau dans la commune de chaque élève, rendez-vous pour enrichir un exposé (avec des syndicalistes, des cadres, des artistes…). Le plus difficile est bien souvent de leur faire trouver un rendez-vous avec les personnes visées car les blocages sont nombreux, les collègues de Lycée professionnel le savent bien qui ont à organiser de nombreux stages (ignorance des procédures, peur de ne pas faire bonne figure, difficulté à se déplacer…)

– Interroger la mémoire familiale : l’évolution du travail, les souvenirs de guerre, les mobilités anciennes, un livre, poème, air de musique qui a marqué…

* Professionnaliser la prise de parole

– Cadrer strictement la prise de parole autour de critères peu nombreux : durée impérative et courte (5-8 minutes suffisent le plus souvent), avec un diaporama (titre, plan, parties, 1 document expliqué ; aucune phrase rédigée).

– Organiser des débats autour d’une question claire : cela nécessite un important travail en amont de recherches, d’élaboration des points de vue. Ensuite le groupe doit être amené à réfléchir la structure du débat (disposition de la salle, rôles des médiateurs du débat, instauration d’observateurs).

Il est à noter que les élèves ont une certaine expérience des débats, que l’on peut solliciter.  Comment organiser la salle ? (en U, en cercle, en deux lignes parallèles, en espace ouvert ?) Quelle forme de débat veulent-ils ? Avec un certain niveau de pratique, les fonctions récurrentes (arbitre, secrétaire, meneur de la contestation, etc. ) peuvent être confiées à certains élèves, et tourner parmi les élèves au fil des débats.

Ainsi une analyse est menée sur les rôles joués et sur l’importance de règles de respect favorisant l’expression de la pensée de tous et la quête d’un accord ; celui-ci peut être appuyé sur la quête de l’unanimité ou d’une simple majorité. L’enseignant doit être alors le plus effacé possible.

– Un dispositif très efficace : demander aux élèves ce qu’ils ont vu de pénible ou d’insupportable lors de précédents exposés ; en dresser la liste au tableau, puis en face dresser ensemble la liste de ce qui l’aurait évité (avoir confiance en l’intérêt de son travail, limiter son stress en canalisant son corps…)

Les élèves ne peuvent faire ce qu’ils ont eux-même critiqué !

– Prendre une émission télévisée plaisante (dans l’esprit de «C’est pas sorcier » par exemple), ou pour se mettre au goût du jour une chaîne Youtube (un florilège est proposé dans les page de ce site consacrées aux cours magistraux/par exercice/s’appuyant sur les pédagogies actives), et faire relever ce pour quoi c’est efficace. Le transférer à une prise de parole. Ceci est aussi valable pour le débat, il en est de multiples formes télévisées que l’on peut faire comparer.

– Après l’oral, demander à la classe ce qu’elle a trouvé de réussi dans l’exposé ; confirmer ces points, puis se charger soi-même des critiques éventuelles.

– Filmer une prestation orale et la rediffuser pour l’analyser est un instrument très efficace mais bouleversant l’image que l’on se fait de soi… C’est délicat à employer avec des élèves, sauf à le faire très régulièrement pour dédramatiser, sur des exercices courts. En revanche, enregistrer sur le portable son propos pour les cours de langue et l’envoyer à l’enseignant est fréquemment pratiqué, car seul ce dernier entend.

– La prise de parole, notamment à l’occasion de débat, comme toute compétence, s’envisage donc dans une progression. Un bon exemple est proposé par le site Le web pédagogique[3].

* Mettre en place des débats structurés

Si l’enseignant en a le temps, un subterfuge permet de déléguer à la classe le choix du sujet du débat qui sera lancé, tout en posant un premier jalon dans la prise de parole de tous les élèves : par binômes, les élèves réfléchissent à des sujets de société qui leur semblent devoir être portés au débat ; quand tous ont été exposés, chaque groupe en choisit un sur lequel il monte une courte saynète mettant en avant le problème (pas plus d’une ou deux minutes). A l’issue des présentations, un court échange peut avoir lieu, puis au terme la classe vote sur le sujet qu’elle veut aborder.

Vient ensuite l’organisation du débat. Quatre étapes sont nécessaires, présentées dans le schéma ci-dessous ; leur dosage dépendra de l’objectif défini.

Pour l’information initiale :

– Information initiale limitée, simple appui sur la culture préalable des élèves

– Information parcellaire : chaque élève ou catégorie d’élèves reçoit des informations sur un domaine précis du sujet et se voit attribuer un rôle ou une fonction d’expert auprès des autres

– Information large : pour tous les élèves / à étudier au sein d’un groupe

– Informations fournies pouvant être complétées par un petit temps de recherche libre et donc différenciée

Une hypothèse de travail radicalement différente consiste à lancer un premier débat sans aucun apport, pour susciter le besoin de connaissances en fonction du choix de position des élèves à l’issue de ce premier round.

Un second débat aura alors lieu, avec des élèves informés. L’idée étant de les faire réfléchir sur la différence de qualité des échanges, avec le basculement des postures vers une discussion plus constructive.

Pour les recherches d’approfondissement :

– Soit pas de recherches complémentaires

– Soit des recherches selon l’axe d’un questionnement introduit par l’enseignant

Pour l’organisation du débat :

Il faut d’abord arbitrer la position que l’on attribue aux élèves :

– tous acteurs / certains en observation ou en action décalée dans le temps,

– postures antagonistes / une partie antagoniste et une autre en quête de convergence / tous différents en quête de convergence

Si l’on désire inclure tous les élèves (élèves timides, et bien souvent les filles) et relativiser le poids de la violence verbale dans le débat, quelques stratégies sont utiles par-delà la classique définition de règles de la prise de parole :

– Attribuer à chacun un rôle ou une fonction d’expert ; le scénario ne peut fonctionner que si tous participent.

– Pratiquer le débat silencieux : forum des idées (voir ci-dessous), ou bien opinion formulée sur une petite feuille que l’enseignant distribue aléatoirement entre les groupes, pour discussion en groupes ; le but est de dissocier l’idée de l’image que l’on a de son émetteur, de redonner à celui-ci la liberté de se détacher de son rôle dans la classe.

– Laisser une certaine marge de liberté à des intervenants péremptoires ou s’emportant ; mais ensuite demander au groupe de voter (à bulletin secret) sur les propositions à retenir. Si celles de l’intervenant autoritaire sont dénigrées, on conclut sur le caractère contre-productif de la violence verbale ; si elles sont retenues, on demande ce qui a convaincu, on en dégage des questions sur la nécessaire autonomisation des acteurs (l’anglicisme  « empowerment » est en vogue) avec à la clef des activités visant à cela en classe.

A partir de là il existe une foule de formes de débats ; en voici quelques-unes des plus exploitables :

– On organise un Forum des idées : les propositions ou tracts sont placardés sur les murs de la classe, sans indiquer les noms des auteurs. Les élèves circulent, s’informent, discutent entre eux de ce qu’ils lisent.

–  Au sein de chaque groupe on doit débattre autour de 3 réponses possibles fournies par l’enseignant.

– Chaque participant choisit une photo et explique ce en quoi elle illustre/n’illustre pas le point abordé (un concept, une politique…) ; l’animateur synthétise et distribue la parole (plusieurs personnes ont pu choisir la même photographie et diverger quant à son interprétation)

– L’animateur énonce une affirmation, les élèves se répartissent aux quatre coins de la salle, selon qu’ils sont d’accord pleinement ou modérément, en désaccord pleinement ou modérément ; ils réfléchissent alors à des arguments. L’échange commence alors, et les élèves peuvent changer de position [4].

– Le jeu de rôle est un grand classique. Une version développée est fournie ci-dessous.

– Une stratégie de poupées russes : chaque élève réfléchit seul à une question. Il échange alors avec un autre élève, ensemble ils élaborent une liste des arguments pour et contre puis trouvent un accord. Ils intègrent ensuite un autre groupe de deux élèves qui a fait le même travail et élaborent un consensus. Et l’on continue ainsi jusqu’au groupe classe.

– Un débat à distance : les arguments sont échangés au travers d’un tableau placé sur un espace de travail numérique commun à deux groupes, voire à deux classes, pourquoi pas à deux établissements (dont un peut être à l’étranger !). Les temporalités peuvent être différenciées : une visite quotidienne ou même hebdomadaire du site, pour que les élèves prennent le temps de réfléchir collectivement à la réponse qu’ils veulent apporter, ou plus vive, avec de petites équipes (un membre qui répond tandis que d’autres cherchent les éléments de réponse).

Conclure le débat :

Les points à trancher sont la prise de décision finale et la trace conservée du débat.

– Chaque élève ou chaque groupe vote autour des propositions émises.

– Une trace écrite peut être conservée : informations initiales, éléments élaborés au sein du groupe, apports du débat. Alors soit ces éléments sont conservés individuellement, soit ils sont élaborés collectivement, soit des élèves se chargent de les conserver (mais alors on donne un sens à leur tâche, comme dans la proposition ci-dessous ; ils ne sont pas simplement « secrétaire », ce qui n’enthousiasme jamais l’élève à qui on assigne cette mission).

– Certains élèves élaborent une réponse, les autres la votent ou n’ont aucune prise dessus, mais alors ils la commentent. Par exemple, durant le débat, des élèves ont pu prendre des notes, des photographies, des vidéos ; ils rédigent ensuite, comme des journalistes, un article commun ou bien des articles illustrant des points de vue sur la question abordée, et les affichent ou les diffusent dans la classe. Cela donne lieu à une réflexion sur ce qui reste d’un débat !

– Après un temps de préparation, une personne extérieure à la classe et concernée par le sujet est interrogée et donne son éclairage. Les élèves ensuite comparent leurs échanges et ce que l’invité a déclaré.

Voici deux exemples développés de procédure de mise en débat, autour de l’Union européenne.

Sur la crise des migrants :

– Phase 1 (deux heures) : les élèves se constituent en groupes, auxquels il est attribué aléatoirement des identités : réfugiés ou migrants, pays de transit, pays d’entrée dans l’UE, pays de l’UE, membres de la Commission européenne. Les élèves disposent d’une information élémentaire et s’informent en fonction de leur rôle.

– Phase 2 (deux heures): les migrants et les pays viennent plaider devant les membres de la Commission. Une part d’humour, des lazzis entre groupes peuvent être autorisés, ils participent à une clarification des positions (dans une certaine mesure, afin de ne pas basculer dans des dérives xénophobes ou racistes). A l’issue de ces prises de parole, l’enseignant se présentant comme un journaliste vient interviewer quelques participants, afin d’approfondir, clarifier, mettre en valeur certains points. Puis l’UE se retire et prend le temps d’élaborer une proposition, qu’elle tente de faire voter aux seuls pays membres. Les autres participants peuvent si besoin s’inscrire sur un jeu sérieux en lien avec le sujet[5] . Enfin seuls les pays de l’UE votent sur les propositions de l’UE. Une discussion globale peut clore la séance.

Sur l’euro :

– Phase 1 (une heure): La classe est séparée en 2 ou 3 groupes ; chacun se voit attribuer un rôle d’expert dans un domaine de la monnaie (monnaie en général, monnaies en Europe, monnaies dans le monde). Pour cela les élèves reçoivent un dossier documentaire à acquérir, et passent un quizz informatique. Ils ne peuvent pas passer à la phase suivante tant qu’un d’entre eux n’a pas validé la totalité des réponses (ils doivent donc s’aider, s’expliquer les points difficiles). Ils peuvent donc repasser ce quizz.

– Phase 2 (deux heures) : Des groupes sont constitués comportant des experts des différentes spécialités. Ils doivent mener des recherches pour déterminer s’ils veulent sortir de l’euro, aménager l’euro ou conserver l’euro en l’état.

– Phase 3:  Deux possibilités ici. Ou bien chaque groupe réalise une affiche présentant sa position (difficile de résumer en peu de mots un sujet si complexe, ils s’en rendent compte); puis après présentation aux murs de toutes les affiches les élèves procèdent à un premier tour de vote; la question se pose alors du seuil de maintien au second tour ; les élèves tranchent les équipes doivent s’allier, chacune présente à la classe son programme éventuellement amendé, puis on procède au second tour. (deux heures)

Ou bien on crée un système où le groupe 1 doit trouver un accord avec le groupe 2, le 3 avec le 4, etc. Puis on lance d’autres phases jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que deux positions. A chaque étape chaque groupe désigne un rapporteur, les autres s’assoient autour sur des tables en cercle. On tentera de faciliter l’échange entre groupes proches ; lors du dernier débat les positions se sont probablement durcies, on peut en faire le constat et sortir par un vote, qui peut révéler l’effet de gel des deux camps devenus antagonistes. (une heure)

Une discussion globale peut clore ce processus, notamment sur la place des filles dans les débats.

Le sommet de l’arbre : émouvoir ou convaincre

Ces compétences ne peuvent être perdues de vue dans le cadre d’exposés réussis, et font l’objet de cours spécifiques, de clubs théâtre ainsi que de concours scolaires: débats en langue étrangère, plaidoirie…

Néanmoins ces compétences dépassent le cadre de ce propos.

Juste deux conseils de lecture pour celles et ceux qu’intéresse l’art d’emporter l’adhésion :

  • Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, écrit par deux universitaires d’Aix, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvoiss (PUG, 2014) ……. Un ouvrage sérieux devenu un succès d’édition, qui donne des clefs moins avouables.

[1] Sur l’ensemble de ces questions, les publications d’Elisabeth Nonnon sont d’une grande richesse, notamment « L’enseignement de l’oral et les interactions verbales en classe », Revue française de pédagogie, 1991, volume 129

[2] On trouvera une présentation de différentes catégories d’actions reposant sur une forme de débat dans http://cache.media.eduscol.education.fr/file/EMC/01/1/ress_emc_debat_464011.pdf

[3] http://lewebpedagogique.com/blog/2013/01/15/le-debat-argumente-quand-la-classe-et-la-democratie-vivent/

[4] http://www.cefes.umontreal.ca/pafeu/parcours_formation/enseigner/animer_debat.html

[5] Ex : Mission Knut, de la Région Bretagne, Envers et contre tout , de l’UNHCR, Réfugiés, d’Arte

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