Accueil>Enseignement et Transition écologique>Enseigner l’impuissance amère ou l’engagement ?

Faire de la pédagogie, dans le flou des concepts et des Instructions officielles

Comme on a pu le voir dans les parties de ce site consacrées aux concepts, entre Environnement, Développement durable et Transition écologique, sans même parler de Vivant, les divergences sont profondes. Or, comme le montre l’étude des Instructions officielles, la commande institutionnelle laisse une large marge d’appréciation…

Mais n’est-ce pas justement notre chance, le problème n’est-il pas la solution ? Si l’on raisonne par l’inverse, un choix affirmé du Ministère aurait suscité bien des débats (on sent qu’il incline vers le Développement durable, certes, mais la porte reste ouverte). Une communauté intellectuelle tout entière gagnée à un concept unique ne créerait pas d’espace de discussion, ce qui est le coeur de notre métier.

Il nous est donc loisible de nous emparer de ces marges, de ces zones de frottement, de friction, pour enseigner les questions écologiques comme des questions ouvertes, de distinguer les faits et les opinions. De faire notre travail.

Cet enseignement, outre la raison, nécessite aussi une implication personnelle.

Les savoirs acquis ne serviront que minoritairement dans la vie professionnelle des élèves. Et comme ces savoirs sont de nature à modifier des habitudes de vie quotidienne, il faut que la motivation intrinsèque soit forte pour que les élèves les appliquent réellement. Sinon ils continueront à préférer venir en scooter plutôt qu’en bus, après un cours sur le réchauffement climatique.

Et comment s’impliquer pour défendre une nature dont on ignore jusqu’à l’existence, la légitimité, … la beauté ? Le confinement a permis à beaucoup de réentendre les oiseaux de leur cour, de leur rue (vive l’application gratuite Birdnet). La nature est parmi nous. On repense à la longue tradition de sorties sur le terrain, de classes vertes, encore pratiquées en Suède.

La sensibilisation au vivant est donc une étape primordiale pour donner sens à ce travail.

Ce ne sont là que quelques points d’attention, le débat sur l’implication personnelle pouvant aller bien plus loin comme le montre l’étonnant article consacré à l’éducation au Développement durable dans le Dictionnaire de la pensée écologique. [1]

Entre posture simpliste et complexité du réel, où se placer ?

Certes le déni des problèmes ou à l’inverse la vision catastrophiste sont rares. Mais plus couramment, puisque les discours des autorités (Etat, grandes entreprises) sont perçus comme trop rassurants et que le temps manque, une vision rapide aboutissant à une approche simple est diffusée : un constat de dégradation, suivi de la mise en cause d’une activité fautive, aboutissant à l’invocation de l’inaction atavique des politiques et de la quête mercantile des entreprises.

On laisse donc nos élèves avec leurs bonnes intentions en plein désarroi. Impuissance, colère, en guise de conclusion pédagogique ?

Ne peut-on pas aller plus loin, et explorer plus profondément les sujets ? Rien n’est-il fait ? Les solutions « vertes » ne sont-elles que vertueuses ? Cela aiderait à comprendre le point de vue des décideurs, qui doivent agir dans une réalité complexe et avec beaucoup d’incertitudes.

D’autant que la complexité n’est que rarement explicitée. Déjà, à un premier stade, en quoi un comportement est-il dommageable, en vrai, concrètement ? Après tout, en quoi le fait de jeter un papier à la poubelle pose-t-il problème ?

Le schéma ci-joint tente une première approche, très simplifiée (uniquement sous un angle négatif, ce qui est une première limite), de ces chaînes de conséquences.

Il est vrai que pour accéder à cette complexité, il faut tout d’abord sortir de notre sentiment d’évidence, en tant qu’adultes. Nous remettre en question, réfléchir ce que nous croyions avoir compris; mais sommes-nous tant capables d’expliciter ? Des éléments d’information sont en réalité difficiles à obtenir. Entre la communication aseptisée des grands groupes ou des administrations et les instructions uniquement à charge de leurs adversaires, où est la vérité, fut-elle complexe ?.

Paradoxalement, c’est encore plus difficile lorsque Etat, entreprises et mouvements écologistes parlent d’une même voix (comme dans le cas de l’éolien par exemple).

Histoire d’illustrer cette complexité, voici un petit jeu.

5 devinettes d’écologie iconoclaste

On voit que cet enseignement proprement civique a maille à partir avec des compétences présentées dans d’autres pages de ce site, la construction d’un esprit critique ou la mise en place de débats.

L’idéal ancrage dans des pratiques concrètes, et sa difficulté

Toujours pour le même objectif: que le discours écologique ne soit pas qu’un discours, mais intègre leurs pratiques et fasse la preuve de sa pertinence. Des faits plus que des mots.

Or les élèves n’ont qu’une faible capacité d’initiative.

Il est donc nécessaire que les adultes de l’établissement illustrent par l’exemple les principes qu’ils affichent, tandis que les élèves sont initiés aux bases intellectuelles de la transition et progressivement associés, impliqués dans leur mise en œuvre. Il est aussi très important que les adultes et les élèves communiquent, pour que les uns sachent ce qui est fait dans leur établissement pour l’environnement (si le cuisinier s’attache à cuisiner bio mais que ce n’est pas su, l’effet d’entraînement est annulé) et que les autres ne gardent pas pour eux leurs projets de classe. Une dynamique positive peut alors se créer.

D’ailleurs les actions concrètes ont besoin de temps pour produire leurs effets. La question de la transmission à d’autres personnes par les initiateurs, mais aussi plus simplement de la continuation quand viennent les examens ou les vacances, pose des problèmes redoutables. Un jardin dont les légumes pourrissent sur pied l’été, ou un arbre dépérissant faute d’être arrosé à ses débuts ruinent bien des engagements. La notion de communauté impliquée prend alors son sens et permet de trouver des solutions, ou de constater que le projet n’était pas adapté.

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[1]: « Nous avons là une forme d’injonction paradoxale puisque c’est demander aux enfants de penser et d’agir pour partie contre eux-mêmes. Le professeur, quant à lui, doit assumer de jouer une rôle de parricide mais aussi, d’une façon ou d’une autre, de défendre le passé, parce que l’enseignement est inséparable de la réappropriation des savoirs des générations antérieures. »

« L’individualisme contemporain ne correspond plus tout à fait à son idéal « moderne », l’individualisme d’universalité. […] L’individualisme est devenu individualisme de singularité, reconnu pour et par sa différence. […] Aussi prendre acte du besoin d’un apprentissage de l’autonomie dans l’interdépendance implique-t-il de former à « la mise en question de l’institution donnée de la société ». […] Cela supposerait que les moeurs se réforment sous l’impulsion directe et immédiate de la rationalité.[…]. Le moteur des transformations collectives les plus profondes a souvent trouvé son énergie dans le sentiment religieux (les religions, elles-mêmes, le progrès des sciences et des techniques, voire l’argent). Par conséquent, susciter un mouvement de fond passe peut-être par ne pas craindre de donner à l’ Education au Développement durable une dimension ouvertement « religieuse ».« 

Dictionnaire de la pensée écologique, Dominique Bourg et Alain Papaux, PUF, 2015, article « Education au développement durable » par Jean-Philippe Testefort

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