Accueil>Poser sa relation avec les élèves>Travailler avec des adolescents> Des élèves qui nécessitent une attention particulière: enfants souffrant de troubles psychologiques et « dys », enfants précoces, enfants victimes d’agressions ou de discriminations
Certains peuvent être en grande souffrance.
Depuis quelques années une attention croissante est accordée aux enfants souffrant de troubles du comportement ou de l’apprentissage.
Environ 8% des enfants souffrent à des niveaux divers de difficultés d’organisation de leurs connaissances ou de comportement mais n’ont pas pour autant de déficience intellectuelle ou subi de choc psychologique. Les liens suivants posent une première base dans la connaissance de profils-types qui ne sauraient masquer la dimension individuelle mais aussi entrecroisée de ces troubles.
Les troubles de l’apprentissage
Il va de soi que l’intégration dans un milieu scolaire ouvert est un facteur important de progrès pour ces enfants, en même temps qu’il amène les autres élèves à réaliser ce que vivre ensemble signifie d’efforts ou de contraintes ; mais souhaiteraient-ils vraiment vivre dans un monde d’exclusion et de violence à l’égard des plus fragiles, dont ils peuvent être amenés à faire partie très rapidement ? Pour les enseignants, il est important de réaliser que cette dimension d’intégration fait désormais partie de notre mission. Les discours du type « on n’est pas formés » ne sont plus d’actualité, à chacun de veiller à avoir les éléments de compréhension[1]. Néanmoins au Collège ou au Lycée ces troubles ont souvent déjà été identifiés par les parents ou par les collègues du primaire.
Des cas hélas très fréquents de souffrances personnelles se traduisant dans le champ scolaire sont les agressions sexuelles (en moyenne 1 à 2 élèves par classe, à des degrés divers il est vrai, mais tout de même…[2]), l’anorexie et dans un autre ordre d’idée (mais à l’origine de combien de souffrances !) la découverte de son homosexualité [3] ou sa transidentité.
Pour approfondir : Généralités sur l’homosexualité ou la transidentité chez les jeunes / Les questions de genre chez les élèves
Pour toutes ces situations les années de collège voient exister les racines du phénomène, ce qui peut se traduire par des comportements atypiques ou instables, et au lycée les élèves voient émerger le problème à l’approche du bac perçu comme un basculement dans la vie adulte, avant lequel ce trouble associé à l’enfance demande à être entendu. Les années de Seconde et surtout de Première sont souvent celles de l’émergence de troubles particulièrement déstabilisants pour le jeune.
Ces phénomènes se manifestent surtout chez les filles, mais il faut faire aussi attention aux garçons, plus discrets mais souffrant tout autant et surtout avec un plus grand risque d’accès de violence envers les autres ou surtout envers eux-mêmes.
Les phénomènes de harcèlement peuvent ainsi toucher à la fois des jeunes qui se trouvent être victimes mais aussi coupables. Ces derniers une fois passé le temps de la sanction doivent faire l’objet d’une grande attention pour comprendre ce qui les a amenés à faire souffrir d’autres élèves.
Certains élèves se distinguent quant à eux par des capacités cognitives nettement supérieures à celles des autres enfants de leur âge.
Contrairement à un discours répandu, il semblerait que la moitié d’entre eux le vivent très bien. Leur entourage a réussi à les respecter comme enfants et pas uniquement comme petit génie, ils ont une vie sociale aussi normale que possible. Cette intégration serait d’ailleurs à l’origine de la sous-détection de la précocité chez les filles.
Pour les autres, cette avance pose souci : ennui scolaire profond (qui peut mener à l’échec scolaire), difficulté émotionnelle lorsqu’ils sont plus sensibles que les autres à l’injustice ou la souffrance sans disposer d’autre défense que celles, limitées, que leur permet leur âge. Les sanctions peuvent pleuvoir face à des comportements jugés comme perturbateurs, alors que parfois on peut juste les inclure dans des cours de niveau supérieur, redonner du plaisir et du défi à leur présence dans l’école.
Le cas extrême est le syndrome d’Asperger, qui ressemble sous certains côtés à une forme atténuée d’autisme, et qui se traduit par une sociabilisation difficile et des réactions émotionnelles exacerbées.
Ces situations particulières peuvent induire une souffrance scolaire, et donc des conduites de décrochage, ou pire encore…
Au cours de la scolarité, ou au terme des années obligatoires (désormais à 18 ans), des élèves « décrochent ». Techniquement le décrochage est la sortie du système scolaire sans diplôme.
En France en 2023 le taux d’abandon scolaire est de 7,6 % d’une classe d’âge, soit environ 76 000 jeunes chaque année …
Il y a de multiples mécanismes en jeu dans ce décrochage, qui n’a rien de définitif car fort heureusement on parle aussi des « raccrocheurs ».
Mais, surtout, il ne faut jamais oublier que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes[4], triste tendance mondiale [5]. Et un jeune qui a décidé de passer à l’acte traverse une phase d’apaisement qui peut induire en erreur les personnels enseignants les mieux intentionnés.
…
Pour finir cet article où bien des souffrances ont été abordées, avec une brièveté liée à l’exercice et non à l’ampleur des douleurs induites que nous n’ignorons pas, j’attire l’attention sur le fait que la partie suivante du dossier « Travailler avec des adolescents » permet de réfléchir au « on fait comment », avec notamment des articles consacrés à la résilience et à la croissance post-traumatique.
[1] Pour celles et ceux qui désireraient recevoir une formation il est à noter qu’existent des stages d’initiative nationale autour de l’aide aux élèves souffrant de handicaps.
[2] D’après les Chiffres -Clés 2018 de l’égalité entre les femmes et les hommes (femmes.gouv.fr ), 14.5 % des femmes et 3.9% des hommes déclarent avoir subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie. Les attouchements surviennent très majoritairement pendant l’enfance et l’adolescence : 50 % des femmes concernées les ont subis avant l’âge de 10 ans et 50 % des hommes avant l’âge de 11 ans. Près de la moitié des attouchements ont été immédiatement suivis d’une tentative de rapport forcé ou d’un rapport forcé (50 % pour les femmes, 44% pour les hommes). Selon l’enquête de Marie Choquet (INSERM) en 2007, 6 % des adolescentes ont subi des violences sexuelles à 14 ans, 12 % à 18 ans, et 14 % à 21 ans contre 2 % chez les garçons.
[3] La proportion d’homosexuels au sein d’une population est peu étudiée, mais il semblerait que l’on puisse tabler en France sur 1 % de personnes se déclarant homosexuels, plus 2 à 3 % de personnes ayant eu des pratiques ou des attirances homosexuelles à un moment de leur vie. On peut lire l’intéressant article de Blandine Grosjean dans Rue89/Le nouvel Obs, le 17/10/2010 : 1%, 4%, 10% d’homosexuels en France… qui dit mieux ?
[4] https://injep.fr/tableau_bord/les-chiffres-cles-de-la-jeunesse-2023-sante/
[5] étude de l’OMS : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/adolescents-health-risks-and-solutions
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