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Le mécanisme du décrochage
Le décrochage scolaire est souvent le fruit d’un long processus qui a vu l’élève construire une expérience particulièrement négative de l’école, les cours n’ont plus de sens, l’estime de soi y est trop abîmée. En cause de mauvaises relations avec les enseignants sans « la » rencontre d’un.e enseignant.e qui aura retissé le lien, un sentiment d’humiliation notamment du fait des notes insuffisantes… Bien entendu une telle posture est toujours multifactorielle, avec un terreau psycho-social souvent fragile. [1]
Mais cela veut dire que l’élève peut avoir des projets, des rêves, mais l’école n’est plus le lieu de leur réalisation. Cela veut dire aussi que les élèves qui décrochent ont des profils extrêmement variés. On pense intuitivement au garçon perturbateur qui reste bloqué malgré les années de collège qui avancent, mais il y a aussi des élèves tellement discrets, pas forcément victimes, juste discrets, passant sous les radars des enseignants, et qui déconstruisent leur attachement à l’école à force d’indifférence.
Dans un premier temps la sortie de l’école apporte la fin de la souffrance induite. Et rapidement le temps libéré peut apporter des bénéfices, par le repos ou par la possibilité de faire la fête.
Mais rapidement vient une autre urgence née de la nouvelle précarité : trouver un travail, une formation professionnelle s’imposent dans l’agenda, mais c’est très difficile sans diplôme. On n’a pas d’argent ou trop peu. Il y a distorsion entre les aspirations et la situation: commence une nouvelle question de statut, pour des jeunes qui n’ont en rien perdu leurs aspirations à être pris pour des adultes, avec des rêves d’adultes.
L’absence de diplôme est un véritable handicap social qui augmente le risque d’exclusion ou de délinquance ; c’est une situation très longue et coûteuse à réparer.
La lutte contre le décrochage et les raccrocheurs
De nombreux dispositifs ont été mis en place face à cet échec de notre système, et des progrès notables ont été enregistrés. Le taux d’abandon scolaire était de 11,3% en 2010 , environ 40 000 jeunes chaque année vont désormais jusqu’à un diplôme.
Les personnels enseignants en première ligne sont les enseignants et singulièrement les professeurs principaux, à qui il revient de porter les signaux d’alarme.
On note que souvent des élèves parviennent à maintenir un accrochage en s’appuyant sur certaines matières qui pour eux ont du sens (le sport, les projets pédagogiques ou les cours où on peut s’exprimer, …) ou sur leur relation avec un personnel de l’établissement (un PP qui les aurait écouté lors des rendez-vous individuels…).[2]
Mais rapidement c’est la cellule de veille de l’établissement qui est en charge du suivi spécifique des élèves en décrochage, sous la direction du chef d’établissement, avec les CPE et le corps des infirmiers.
De multiples structures ont été créées en-dehors des établissements pour accueillir ces élèves, durant leur scolarité pour les remobiliser (micro-lycées…) ou à l’issue de celle-ci pour leur permettre de se réinsérer dans le monde professionnel (école de la 2e chance…).
Ces structures sont souvent tenues par des enseignants spécialisés – si l’on est passionné des formations diplômantes sont proposées, c’est une manière de vivre plus intensément et plus librement sa carrière – .
Leur objectif est d’abord de raccrocher les jeunes, puis de les accrocher à nouveau à l’école.
Réduire la distance avec les institutions prend du temps.
Pour cela il est utile de constituer un groupe de raccrocheurs d’appartenance. De relever les progrès sans juger. Pour reconstituer l’estime de soi. Viendra ensuite le temps de la discussion sur le projet.
Quelle joie de voir revenir ces élèves dans « leur » classe ensuite ! Si rien n’est jamais garanti ni acquis définitivement, il est bon de faire confiance en la résilience et même en la croissance post-traumatique.
[1] https://eduscol.education.fr/4168/prevention-du-decrochage-scolaire