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- Les formes du harcèlement
- Le contexte du harcèlement
- L’action des adultes en direction des élèves victimes du harcèlement
- L’action des adultes en direction des élèves coupables de harcèlement (en amont / après la révélation)
Harcèlement est un mot violent qui recouvre des réalités diverses.
Entre les disputes entre élèves donnant lieu à des propos désagréables et répétés, et la souffrance de celui ou celle qui devient le bouc émissaire de tout un groupe, il y a des différences parfois difficiles à percevoir dans le fil des jours, surtout lorsque l’on n’est pas CPE ou professeur principal.
Néanmoins, l’ampleur du phénomène (environ 10 % des élèves disent avoir été harcelés, principalement au Collège), son aggravation brutale avec la surexposition aux réseaux sociaux, et les risques avérés sur l’image de soi et même la vie des jeunes concernés, obligent les enseignants à prêter une oreille attentive au harcèlement. Le ministère déploie désormais le programme Phare, qui a permis une nette montée en compétence des équipes, en même temps que le cadre législatif s’est considérablement durci, avec l’obligation de passer par la police dès lors qu’il y a une dimension « réseaux sociaux » dans une affaire de harcèlement scolaire…
Plus que jamais une connaissance en amont d’un phénomène auquel tout enseignant sera confronté au cours de sa carrière est nécessaire.
Les formes du harcèlement
Les caractéristiques du harcèlement sont :
- un premier niveau de violence verbale ou physique
- la répétitivité
- l’intentionnalité
- l’isolement de la victime
Elles sont le plus souvent verbales, et passent sous les radars de l’action des enseignants : propos de cours de récréation, messages sur téléphones. Mais s’il arrive en classe qu’un propos sorte, il est de la plus extrême importance que l’enseignant réagisse aussitôt et le signale aux CPE, faute de quoi la confiance de l’élève harcelé dans les adultes serait brisée, il se sentirait encore plus seul et se défendrait encore moins. Un signal, même faible, peut faire sens pour les CPE s’ils sont correctement informés.
Ce harcèlement verbal (rumeurs, médisance conduisant à l’isolement) est celui qui touche majoritairement les filles. Les garçons quant à eux sont le plus souvent soumis à des violences physiques, et avec plus de fréquence que les filles (8% des garçons disent avoir souffert de harcèlement, contre 4% des filles) [1]. (sur la différence garçons/filles face aux violences, vous pouvez consulter la page consacrée à l’approche des élèves par le genre)
Le harcèlement se distingue des violences physiques ou morales ponctuelles (coups, insultes), ou des provocations au suicide. Ces agressions majeures peuvent néanmoins constituer une évolution dramatique d’un mécanisme de harcèlement, et doivent donc rester à l’esprit des enseignants.
Mais comme les violences physiques le harcèlement a des conséquences à court, mais aussi moyen et long terme, tant sur les victimes que sur les auteurs ou sur les témoins. La représentation de soi, de la relation à l’autre, de la société, que nous tâchons de construire dans nos écoles, en est directement impactée. [2]
[ La réflexion sur le harcèlement peut s’appuyer sur les mécanismes du stress et de la peur, développés ici. ]
Le contexte du harcèlement
Avant même de tenter de reconstruire ou de protéger les victimes de harcèlement, il peut être plus utile de limiter les facteurs qui peuvent créer une situation de harcèlement.
Le terreau dans lequel apparaît le harcèlement est lourdement conditionné par le climat scolaire et par les spécificités de l’adolescence.
[ On ne parlera donc pas ici du harcèlement lié à la présence d’une personne seule voulant faire du mal, adolescente (racket par exemple) ou adulte (du type pervers narcissique ou pédophile). ]
Comme le montre le schéma ci-dessous, les harceleurs tout comme les harcelés peuvent être n’importe qui, dans le contexte spécifique de l’adolescence: quelle « normalité » pourrait ne prêter aucunement le flanc à des railleries ? Chacun a ses aspérités, et si cela ne suffit pas le hasard y pourvoit. Ce qui lance le harcèlement est en effet souvent une opportunité offerte à un groupe qui se structure dans la rencontre avec une opportunité de domination. Il n’est donc pas anodin que ce risque explose au moment de l’adolescence principalement (6% des élèves disent avoir été harcelés au primaire, 10% au collège, 1% au lycée [2]).

La quête d’autonomie, nécessaire, se croise avec une irresponsabilité déjà dangereuse pour soi, mais qui le devient pour l’autre dès lors que l’on introduit la peur, l’insécurité personnelle. Car alors la violence tournée contre l’autre peut offrir un exutoire, tandis que le groupe se pose comme cadre nécessaire à la sécurisation des expériences sociales. La violence voit alors ses effets décuplés par le nombre.
Autour de la personnalité centrale des harceleurs, il ne faut pas négliger non plus l’importance des autres individus. Schématiquement, on peut identifier:
- des supporteurs
- des outsiders (en retrait)
- des défenseurs
Les deux premiers groupes peuvent être considérés comme complices. Il importe par ailleurs que les « défenseurs » ne se mettent pas en danger.
[Pour aller plus loin dans la réflexion sur l’autonomie des élèves, on peut consulter les pages qui lui sont consacrées dans ce site, notamment celle-ci.]
L’action des adultes en direction des élèves victimes du harcèlement
De nombreuses ressources existent pour aider les enseignants à prendre ne charge les élèves victimes de harcèlement.
Le blogueur HugoDécrypte a mis en ligne une video mettant face à face des victimes et des acteurs du harcèlement. C’est un blogueur sérieux et connu des élèves, qui crée là un support comportant des passages difficiles, mais qui peut servir le cas échéant.
Le site de l’Education nationale « Non au harcèlement » présente de nombreuses actions de prévention et de sensibilisation. Il accueille notamment le concours de videos d’élèves, « Non au harcèlement », qui recèle des trésors, souvent éprouvants émotionnellement. Des approches fortes qui parlent la langue de nos élèves. [des exemples en note 3]
Le site Service Public comporte une page « Harcèlement scolaire » très riche. Il propose notamment un annuaire des associations d’aide aux victimes de harcèlement département par département.
N’oublions pas les numéros nationaux d’appel d’urgence : 3020 de manière générale et 3018 contre le cyberharcèlement.
Mais surtout, le ministère a lancé le programme Phare, qui offre un cadre et mobilise tous les établissements contre le harcèlement. Il oblige notamment à créer dans l’établissement une cellule d’enseignants et personnels formés qui pourront prendre en charge les cas lorsqu’ils apparaîtraient (au lieu de l’accueil classique CPE/PP). L’établissement se doit aussi de mettre en place des outils d’analyse en amont, des dispositifs de sensibilisation…
Une personne victime de harcèlement dispose de 6 ans à partir des faits pour porter plainte contre les harceleurs (quel que soit l’âge de ceux-ci), délai au-delà duquel intervient la prescription.
L’enfant seul peut aller déposer plainte, mais les parents seront ensuite impliqués s’il y a action en justice.
Les personnels de l’Education nationale peuvent alors être accusés de ne pas avoir agi correctement. C’est l’Etat qui prendrait alors en charge les éventuels dédommagements. Mais la loi s’est considérablement durcie:
- dès qu’il est question de délit, et notamment de cyberharcèlement, le dossier passe immédiatement à la justice ! Or il est bien rare qu’aucun message n’ait été envoyé par messagerie ou réseau… Il faut signaler les faits au numéro 3018, et en cas de dimension sexiste ou sexuelle il faut réaliser un « Fait établissement », directement envoyé par le chef d’établissement à la cellule de la Direction départementale.
- ce n’est que si l’on n’est pas dans le cadre d’un délit que l’établissement peut gérer en interne, idéalement par la cellule constituée pour ce cas de figure
L’action des adultes en direction des élèves coupables de harcèlement
En amont
– En offrant des cadres permettant l’accès à l’autonomie, on accélère les étapes de leur maturation et l’arrivée à la compréhension de l’interdépendance, à un jugement moral où l’autre existe.
– En sécurisant les parcours, par une approche bienveillante, en évitant les vexations ou humiliations, en aidant chacun à gagner en compétences sans figer l’élève dans une posture d’échec, on limite le besoin de recours à des compensations violentes.
– En créant un climat de dialogue, on peut sentir monter ce besoin de valorisation, éventuellement contestataire de l’ordre des adultes, ou au contraire spécifiquement lié à des codes internes au monde des jeunes tel que perçu sur le moment, et lui donner une place, afin d’éviter qu’il ne se construise de façon destructrice.
Les enseignants peuvent s’appuyer sur le travail autour des dilemmes moraux, des messages clairs (voir notamment la fiche Eduscol sur le sujet ) voire sur les conseils d’élèves. Donner la parole, la libérer, permet de réhumaniser l’autre et de faire baisser la violence.
Les pages de ce site consacrées au débat peuvent constituer une première entrée en matière dans ces domaines. La Finlande a lancé une vaste politique de prévention du harcèlement, et l’aurait fait reculer de moitié en s’appuyant notamment sur l’empathie entre élèves, sur la fin du silence de la majorité spectatrice.
Après la révélation
Au vu de la rapidité avec laquelle l’action collective en justice est déclenchée désormais, il devient très important de bien saisir le déroulé des étapes qui suivraient la déclaration d’une souffrance par la personne « ciblée ». Après que le témoignage a été prélevé, avec respect, il ne faut surtout pas porter de jugement hâtif ou parler aussitôt de « harcèlement », faute de quoi les auteurs devraient se trouver placés devant la justice.
L’équipe Phare du lycée souhaitera probablement mettre en place une action reposant sur la Méthode de la Préoccupation Partagée (MPP) : après audition de la personne cible, le ou les auteurs sont entendus, non pas pour les blâmer (méthode non blâmante) mais pour leur faire état de l’inquiétude de l’équipe quant à la situation de la personne cible (en restant vague) et en demandant aux auteurs ce qu’ils proposeraient pour que cela aille mieux.
Cette méthode contre-intuitive, dont est exclue toute idée de vengeance, s’est révélée être la plus à même d’améliorer en vérité la situation collective à court et moyen terme.
Si après deux vagues d’entretiens avec la personne cible et les auteurs rien n’avance, les sanctions peuvent être engagées pour distinguer les coupables des victimes et envoyer un signal clair aux autres élèves. Mais alors il ne faut pas négliger le fait que les coupables sont aussi fragiles en dépit de leurs rodomontades, ils/elles restent des jeunes, qui doivent pouvoir sortir du rôle qu’ils/elles ont joué afin de se reconstruire une vie sur de meilleures bases.
Si l’affaire va devant un tribunal, au-delà de 13 ans le /les coupables risque(nt) de devoir payer une amende ou d’aller en prison.
Si vous désirez approfondir la question du harcèlement scolaire, l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation a constitué un dossier, qui certes commence à dater, mais demeure intéressant. Il existe aussi des méthodes lourdes, mises en place par des personnes formées, ciblant les harceleurs (méthode Pikas, de Jean-Pierre Bellon), ou ciblant les harcelés (par le réseau Orfeee). On peut aussi citer la méthode MPP, dite « non blâmante ».
[1] Hugo Albandea, « Le harcèlement scolaire », in La psychologie de l’enfant en 30 questions, Sciences humaines, hors série février mars 2021
[2] Qu’est-ce que le Harcèlement, Ministère de l’Education nationale, avril 2025
[3] Hugo Albandea, « Le harcèlement scolaire », op. cit.
[4] Concours « Non au harcèlement »: sélection de videos primées (2 minutes)
cycle 4 : stop (que faire dans chaque cas de figure)
cycle 4 : la différence est une force
lycée : le harcèlement par internet en plan séquence
Lycée Doucet, victime seule (dont réseaux) et aide d’une personne