Accueil>Poser sa relation avec les élèves>Travailler avec des adolescents> Un préalable: les mécanismes de la motivation

Pourquoi la motivation ?
Afin d’aborder les mécanismes de la motivation il est nécessaire de rappeler une évidence: les tâches scolaires de par leur nouveauté sont difficiles et nécessitent un effort de la part des élèves. Elles ne s’apprennent pas spontanément, comme le montrent André Tricot et Manuel Musial [1].
Nouveauté, en effet. Une fois acquises, elles peuvent devenir automatiques ou faciles, ce qui donne un sentiment d’aisance. Il n’est plus alors besoin de motivation pour faire une addition de tête (oublié le « 7+8 » qui hantait pourtant nos nuits d’enfant) ou conduire sur la route des vacances (alors que les premières heures de cours de conduite avaient nécessité tant d’efforts !): qui ne se croit pas « bon conducteur » ?.
Pour surmonter l’obstacle, l’institution scolaire compte certes sur l’obéissance, quelle qu’en soit la source: pression sociale, contrainte légale.
Mais pour que l’efficacité soit optimale, il est nécessaire que l’élève adhère au dispositif. On appelle cela être motivé. Or « c’est l’amotivation qui influence négativement les résultats scolaires ».[2] Les élèves qui ont une faible estime de soi sont peu motivés, et alors ont tendance à expliquer leurs difficultés comme un manque de compétence, ce qui alimente la boucle du manque de confiance et de l’échec.
D’où l’importance absolue de travailler sur la motivation !
Les motivations
Les sources de la motivation sont diverses, comme on le voit sur le schéma ci-dessus. Le préalable, c’est que l’individu se fasse une représentation positive de l’objet visé (notamment de sa capacité à agir dessus), point développé notamment par Fabien Fenouillet [3].
Ensuite, ces sources de motivation sont essentiellement regroupées selon qu’elles émanent du sujet lui-même (intrinsèques) ou qu’elles viennent de l’extérieur (extrinsèques).
Dans le premier cas on retrouve le besoin de se sentir compétent, autonome et reconnu par le groupe, soit des besoins profonds que Maslow a définis et qui trouvent leur sommet dans le besoin d’accomplissement (le besoin d’efficacité personnelle entre dans ce cadre). Un élève qui se pense en échec repoussera à priori une tâche, même s’il la juge intéressante. Ce point est développé en bas de cette page (Motivation et image de soi dans la société). Plus prosaïquement, des buts personnels à court ou moyen terme entrent également en ligne de compte.
Pour ce qui est des motivations extrinsèques, elles sont soit positives (encouragements par exemple) soit négatives (menaces, sanctions) [4]. Un peu de mise en pression peut être favorable pour que l’élève sorte de sa zone de confort, et au final « s’élève » [pour approfondir les mécanismes du stress -bon ou mauvais- et de la peur, cliquer ici ]. Bien entendu, ces sources fonctionnent en système avec des rétroactions, du simple retour positif en cas de réussite au désir mimétique de René Girard [5].
Une approche claire et insistant sur le lien motivation / autonomie est développée dans l’ouvrage de Cécile Delannoy, « La motivation, désir de savoir, décision d’apprendre »[6].
Pour l’enseignant, cette volonté de motiver les élèves induit des styles pédagogiques particuliers dans une quête complexe d’équilibre entre liberté et guidance. Philippe Meirieu insiste fortement sur le rôle de l’enseignant dans la motivation:
« Une éducation qui […] contraindrait les éducateurs à abandonner ce que J. Guillaumin nomme « la dénivellation entre le maître et l’élève », voire qui en inverserait le sens, perdrait toute chance de créer l’énigme et de susciter le désir de savoir. » [7]
Pour approfondir la question des styles pédagogiques, vous pouvez cliquer sur ce lien.
La pyramide des besoins
Abraham Maslow a fait apparaître que les besoins étaient de natures hiérarchisées : la satisfaction, même partielle, dans un domaine, poussait l’homme à vouloir plus encore. Elémentaires au premier stade, ces « besoins » sont de plus en plus difficiles à satisfaire. Depuis les années 1970 cette hiérarchisation a été discutée mais demeure une base de réflexion.

1 : Besoins physiologiques (respiration, soif, faim, sommeil…)
2 : Besoin de sécurité (environnement stable, prévisible, sans anxiété)
3 : Besoin d’appartenance et d’amour (insertion dans un collectif, dans une relation)
4 : Besoin d’estime (confiance, reconnaissance des autres)
5 : Besoin d’accomplissement de soi
Motivation et longueur de temps
Une question d’objectif
La motivation est conditionnée, dans le temps, par les buts que s’assigne la tâche.
Une motivation qui repose sur la réalisation d’une performance est efficace à court terme, mais se vide de sens à moyen terme, avec l’épuisement de ceux qui s’y sont inscrits plus que de nécessaire.
Une motivation en revanche qui cible l’acquisition d’une maîtrise de certaines compétences est peu efficace, voire peut basculer dans le découragement à court terme, tant elle est imprécise et lointaine. En revanche, si l’acteur persévère, elle le portera bien plus loin.
Evidemment ces deux modalités ne sont pas contradictoires, dès lors que l’enseignant sait placer ses tâches dans une perspective, et parvient à procurer des résultats immédiats aux élèves.
Une question d’insertion sociale
La motivation se joue sur le long terme au travers de la manière dont l’individu aura construit son inscription dans la société. Une longue suite d’échecs ou de propos dévalorisants, mais aussi l’image d’une société indéchiffrable dans laquelle l’action individuelle n’a pas de conséquences réelles, placent l’individu dans une aphasie peu propice à son éveil intellectuel. L’inverse est tout autant vrai, l’idée que l’effort permet d’améliorer sa situation, et quelques réussites (fussent-elles ténues) stimule la pensée. Le positif est que l’on peut reconstruire cette confiance en sa capacité à réussir.
Mais par-delà ces grands traits la réalité est plus complexe.
Les élèves se considérant comme en difficulté fuient la compétition et partent avec peu d’espoir et peu de motivation; ils minimisent la souffrance ultérieure qu’ils anticipent. En revanche, les élèves en réussite sont très motivés par la compétition, et négligent ce qui leur est présenté comme facile, comme le montre le tableau ci-dessous [8] :

La partie de ce site consacrée à l’impuissance apprise précise certains de ces freins.
Au final, toutes nos activités scolaires peuvent se révéler motivantes. Même les plus rébarbatives, dans les moments les moins propices. Si l’on en rappelle l’importance, si on reconnaît les sentiments des élèves face à ces tâches peu engageantes, mais que l’on s’y associe avec le sourire dans le cadre d’un choix, avec quelques menus aménagements… Qui a entendu des femmes maliennes chanter en pilant le mil durant des heures, qui a partagé un repas de chantier, sait que l’humain est capable d’endurer en gardant un certain sourire.
[1] Précis d’ingénierie pédagogique, André Tricot et Manuel Musial, éd. De Boeck, 2020
[2] Anouchka Wyss, Katarina Gvozdic, Edouard Gentaz, Emmanuel Sander, Comment favoriser les apprentissages scolaires ? Repenser les gestes professionnels pour l’enseignement, Dunod, 2023
[3] Fabien Fenouillet, Traité de psychologie de la motivation, Dunod, avril 2019, mais aussi Motivation et réussite scolaire, 3e édition, Dunod , 2013
[4] Noémie Carbonneau, Yvan Paquet, Robert Vallerand, La théorie de l’autodétermination : aspects théoriques et appliqués, 2016, De Boeck 3
[5] René Girard, La violence et le sacré, Grasset, 1972
[6] Cécile Delannoy, La motivation, désir de savoir, décision d’apprendre, Hachette, 2005
[7] Philippe Meirieu, Apprendre, oui mais comment ?, ESF, 1987
[8] Christine Sorsana et Valérie Tartas, L’intelligence, mythes et réalités, Retz, 2018
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