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Plan:

1. Conscientiser

2. Rééquilibrer

3. Libérer dans un nouvel équilibre implicite

4. En guise de conclusion, deux exemples d’actions globales

5. Pour aller plus loin


On l’a vu les programmes n’abordent que marginalement le Genre, mais laissent une large part de liberté dans la réalisation de séquences pouvant l’utiliser comme support. Et c’est sans compter avec reste des séances d’Accompagnement personnalisé, qui trouvent ici un emploi légitime.

Puisque les élèves arrivant en Collège et en Lycée ont déjà derrière eux des années de vie, mais aussi d’action des stéréotypes et des contre-stéréotypes, comment agir pour que chacun puisse épanouir ses aptitudes dans un environnement respectueux ?

La particularité du Genre, c’est qu’il s’agit d’un questionnement nouveau (tout comme l’environnement). Non seulement le passé ne nous offre pas de solution, mais en plus l’objet n’est pas totalement établi (comme nous le montre l’actuel imperuim du féminisme sur le sujet). Nous construisons donc nos outils en avançant.

Le premier réflexe est de se tourner vers Eduscol, qui effectivement propose des pages dédiées, notamment :

Nous présenterons ici des propositions en les ordonnant selon leur axe prioritaire.

Nota : Il sera question ici des aides auprès des élèves hors cas de violences sexuelles. Relevant des crimes, celles-ci font l’objet d’une page spécifique car elles ne sauraient être incorporées à ce propos de par leur gravité.

Les violences sexuelles (partie du site encore en construction)

1. Conscientiser

Un premier axe est d’identifier le ou les problèmes qui justifient ensuite une action.

Cette phase nécessite à la fois un cadrage par l’enseignant, afin que les élèves accèdent à des connaissances qu’ils n’ont pas ou auxquelles ils n’accordent peut-être pas de légitimité, mais aussi une liberté qui ouvre largement la possibilité d’aborder un problème. Il ne s’agit pas de donner l’impression que l’école est dans un camp contre un autre.

Les premiers concernés sont les enseignants bien évidemment.

L’idéal est de participer à une formation académique, ou de solliciter une formation sur site, la réponse est souvent positive. Puisque le temps est compté, il y a aussi la possibilité de partager entre les personnes intéressées des fiches de lecture de livres, articles ou sites. Un document partagé (type google doc), avec des rubriques sommaires, peut être un outil rapide de partage. Tout ceci, puisque vous lisez ces lignes, pour approfondir ou contredire ce que vous aurez lu dans Fairecours ! (😊)

Ceci dit, il ne faut pas négliger la dimension personnelle de ces sujets. Chacun est interrogé dans son parcours de vie, parfois douloureux, dans ses prises de position. Pas étonnant que le ton monte vite ? Si certaines et certains montent vite au créneau, c’est peut-être qu’ils/elles ont des choses sur le cœur… (ou juste des convictions tranchées, ce qui serait plus rassurant).

C’est pour toutes ces raisons (besoin de formation et aspects sensibles) qu’il est aussi souvent fait appel à des intervenant extérieurs (associations) pour prendre en charge ces questions.

Vient alors le temps d’information des élèves.

Une piste est de poser le concept de genre, et de laisser le temps aux élèves de se poser des questions. Toutes sont bonnes à entendre, même celles qui prétendraient provoquer, justement.  La suite relèves des méthodes de travail de groupe ou d’exposés. On peut balayer alors un large panel de questions.

Bien entendu, des formes par exercice sont envisageables également, mais on ne traitera plus qu’une petite quantité de points.

Canaliser le propos, ce peut être travailler en amont sur l’orientation :

– Dans le dessin animé « Raiponse », la scène de la Taverne et la chanson « J’ai un rêve » permet de travailler sur les stéréotypes

– Lister une série de métiers sympathiques ou qui font rêver, puis les placer dans un schéma où figureraient le niveau de rémunération, la facilité d’accès, les contraintes. Puis voir une cartographie des métiers effectivement proposés chaque année sur le marché de l’emploi avec les salaires correspondant.

Ce travail d’exercice peut aussi être l’occasion de désessentialiser les cultures. Les cultures sont importantes comme support de vie collective, mais les collectifs peuvent décider de changer, ne serait-ce que parce que les choix anciens ne sont plus adaptés. Le détour par des cultures lointaines (en Histoire-Géographie, en Langues..) peut amorcer discrètement le sujet.

D’un autre côté, une approche très concrète, statistique ou au contraire incarnée, peut aider à baisser le niveau de mythe sur les questions sensibles, d’homosexualité ou de transidentité, ou encore de violence. Du concret, de la vie, plus que des slogans.

 Par exemple, lorsque la question du harcèlement  affleure, on peut lancer une enquête à partir du document ci-dessous (ou mieux encore de la bâtir avec les élèves) et assurer un traitement statistique. Les filles le rempliront, mais à leur façon les garçons aussi ! Ceux qui sifflent les filles ne laissent pas toujours passer impunément les garçons.

Côté incarnation des extraits de la bande dessinée « Les crocodiles » (voir la Bibliographie) peuvent servir de support à discussion.

Enfin, s’il apparaît qu’un sujet pose particulièrement problème, on peut envisager un débat. A la condition sine qua non que soit dépassé le triste pour/contre, 2 camps face à face, et qu’une organisation soit posée aboutissant à une solution commune à toute la classe (voir Pages de ce site consacrées au Débat). Il ne faut pas perdre de vue que l’objectif est l’entente. En ultime ressource, l’enseignant peut reprendre sa casquette de chef de classe, représentant de la République en ses murs, et poser un cours magistral soutenu par son autorité. En tenant compte des possibles points de rupture de l’auditoire, comme toujours, bien entendu…

On voit tout comme pour les enseignant.e.s à quel point il s’agit de questions fondamentales, interrogeant le cœur de la fragile identité et de l’éducation reçue chez nos élèves, mais aussi leur vécu possiblement traumatique.

A ce premier stade, on comprend que le simple fait de dire les choses ouvre une boîte à mystères, et plus rien n’est pareil ensuite (O Pandore…).

2. Rééquilibrer

« Name and Shame ». L’expression illustre un courant très fort de nos sociétés occidentales actuelles. Probablement faut-il en passer par là. Mais les insuffisances ou injustices apparaissent rapidement. Dans un cadre scolaire, à court ou long terme, la mission est certes de sanctionner les mauvaises actions observées (sauf la punitionnite contre les garçons…). Mais il  nous faut surtout redonner à chaque élève sa place et retisser du lien.

Au vu des pages consacrées aux élèves, quelques axes prioritaires peuvent être identifiés, avec quelques pistes d’actions.

En direction des filles :

* Inclure dans une dynamique collective

– Illustrer la classe avec des portraits d’hommes et de femmes dont l’action serait montrée en exemple (essentiellement dans l’histoire récente ou l’actualité) 

– L’écriture inclusive a été rejetée par m. Blanquer. Cela n’interdit pas de veiller dans les adresses à la classe à employer des formules mobilisatrices (toutes et tous, …) et non, au mieux, neutres. Essayez, vous verrez, ça change l’atmosphère du cours.

* Autonomiser par rapport aux stéréotypes

– Les questions vestimentaires sont très polémiques et mal perçus par certain.e.s élèves arguant de la liberté individuelle, particulièrement sensible dans ces âges de constructions identitaires (avec des essais dans toutes les directions, pas forcément mesurés…). Une réflexion sur l’hypersexualisation peut être abordée par le biais du poids de la publicité. Celle sur le voile peut l’être incidemment par une réflexion sur l’historicité des religions (sans remettre en question la foi, la laïcité n’est pas la promotion de l’athéisme).

– Solliciter les élèves à « contre- emploi » dans la marche de la classe. Faire appel à des filles pour porter des choses lourdes ou déplacer des meubles, et à des garçons pour des tâches de propreté par exemple.

– Maquiller des tâches scientifiques en dessin ou questions pratiques ; il est démontré qu’alors les filles réussissent mieux, car elles ont moins de pression. L’important est, ensuite, de faire prendre conscience de cette réussite, pour que les filles réussissent la « vraie » épreuve.

* Rendre actrices

– Lancer une négociation par groupes en laissant se constituer des groupes non-mixtes. Les groupes de filles devront se trouver des porte-paroles, élaboreront et défendront leur point de vue face à des groupes mixtes ou de garçons. Des personnalités vont ainsi se distinguer (c’est toujours le fragile équilibre : distinguer une pointe avancée ou faire avancer tout le monde, ici ça aide un peu pour les deux).

– Obliger à prendre des contacts dans le lycée ou en-dehors. Les garçons doivent une partie de leur réussite aux contacts directs, aux stages, quand les filles privilégient l’indirect (internet, téléphone), moins productif car moins liant. (source : OCDE)

https://www.oecd.org/fr/presse/les-inegalites-entre-filles-et-garcons-dans-l-enfance-influencent-l-orientation-professionnelle-et-les-perspectives-d-emploi.htm

En direction des garçons :

* Donner une place adaptée

– Mettre en place des activités qui laissent une part de mobilité physique, et/ou qui autorisent une part d’humour, d’excentricité. Exposés aux formes vraiment libres, travaux collectifs impliquant des échanges entre les groupes, jeux de rôles.

– Mettre en place des activités qui ne laissent personne sur le bord de la route : sollicitation de formes multiples d’intelligences, par des supports variés. Exemple : permettre une réponse sous forme d’organigramme ou de dessin plutôt que sous forme de texte rédigé, d’expérience ou d’exemple et non de démonstration.

* Donner des chances de réussite

– Assumer le retard de maturité des garçons entre enseignants et devant les parents (ils le savent, autant leur dire qu’on n’est pas dupes non plus). Donner espoir aux garçons en leur laissant entrevoir l’avenir radieux qui les attend une fois leur croissance achevée. Sécuriser les parcours d’orientation en protégeant les moyennes des coups de fatigue des garçons entre fin de Seconde et début de Terminale, avec des évaluations tenant davantage compte de volonté positive de bien faire que de la performance brute.

– Anonymer les copies autant que possible, par exemple en affectant un numéro à chaque élève (alphabétique tout simplement). Demander des devoirs dactylographiés (en veillant à ce que les inégalités sociales soient corrigées) pour éviter l’effet « écriture de fille » (il y aurait beaucoup à dire sur ce point, même si la graphologie est passée de mode). Et expliquer pourquoi on fait cela aux élèves.

Pour les élèves qui se posent des questions quant à leur genre ou dont le genre ne correspond pas au sexe

* Revisibiliser

– Indiquer (lorsque c’est connu) l’homosexualité de personnages que l’on évoque en classe, qu’ils soient positifs ou négatifs.

– Réintroduire les autres formes d’identité lorsque les programmes restent binaires (exemple en SVT).

* Laisser le choix

– Proposer des activités si possible éloignées des stéréotypes, pour offrir des temps non clivés et des passerelles. Exemple : en sport

– Faire tenir des rôles (jeu de rôles, théâtre, lecture…) dont le genre n’est pas celui auquel on identifie l’élève.

Pour des relations entre les genres

*Dire les conflits

– les techniques de Théâtre de l’opprimé ou les groupes de parole (messages clairs) participent à la désescalade puis à la déconfliction

* Organiser un espace apaisé pour toutes et tous

– La surveillance des toilettes, si elle ne relève pas à priori des missions du corps enseignant, est un point central, tous les rapports montrent que c’est une zone de violence fréquente. Il peut être pertinent d’y porter une grande attention.

– Discuter avec les élèves l’emploi de la cour, des couloirs pour en faire baisser le niveau d’affrontement potentiel au Collège, créer des espaces-ressource pour toutes et tous à l’abri du froid et de la pluie, favorisant les échanges pacifiés ou permettant de s’isoler un peu ; ex : un CDI ouvert largement

3. Libérer dans un nouvel équilibre implicite

L’étape ultime, l’horizon de tout ce travail, c’est la fin des actions ciblées garçons/filles, la fin d’un jugement de chaque acte sous la menace de stéréotypes. Une fille veut devenir pédiatre , Très bien. Un garçon veut devenir technicien nucléaire ? Très bien. Dès lors que les deux auront librement arbitré.

La liberté des jeunes gens qui nous sont confiés.

Peut-être le résultat ne plaira pas à une des écoles de pensée s’étant penchées sur le Genre. Mais n’est-ce pas le propre de la liberté, de faire ce qu’elle veut, et pas ce que nous voudrions qu’elle fît ?

4. En guise de conclusion, 2 exemples d’actions globales

Au Royaume-Uni une réflexion a été menée pour une action globale sur le Genre.

A partir de 2014, des contenus et actions ont été élaborés pour l’école primaire et les établissements du secondaire, qui ont démarré à la rentrée 2020.

Au Primaire, on insiste sur la discussion : d’abord sur la diversité des familles (incluant les familles monoparentales, avec parents LGBT, adoptives, familles d’accueil…), l’objectif étant que les enfants apprennent à respecter tous les types de familles, « dans la mesure où elles sont toutes caractérisées par de l’amour et du soin ».

Ces ressources peuvent consister en une histoire que lit l’enseignant, histoire assortie de notes pour lancer la discussion ainsi que d’un jeu de rôles pour soulever les questions et développer la pensée. La leçon est ensuite suivie d’une séance plénière.

La dimension d’éducation sexuelle intervient au secondaire 

Il s’est avéré indispensable d’informer les parents de ce que mettent en oeuvre les écoles à ce sujet et d’expliquer que leurs efforts ont pour objectif d’assurer le bien-être et la sécurité de tous élèves, et non pas de parler de sexe ou d’essayer de transformer les enfants en homosexuels ( !).

L’approche des élèves en situation de transidentité au sein de l’Education nationale

L’Education nationale autorise l’emploi du prénom choisi dans les usages courants (cantine, classe), mais attend que l’Etat civil soit modifié pour tous les documents officiels. C’est surtout difficile lorsqu’il y a opposition entre le discours de l’élève et les décisions des parents.

Puisqu’aucune circulaire officielle ne peut aller plus loin, les équipes sont obligées de composer une solution adaptée au cas précis (ce qui hélas, revers de la médaille, crée des inégalités de traitement). Pour sortir de l‘isolement, il existe un référent académique « Egalité discrimination », des formations, et le site Eduscol présente des liens vers des associations qui peuvent servir de médiateurs fort utiles.

Supports publics :  

– Rapport Teychiné « les discriminations LGBTphobes à l’école : état des lieux et recommandations » 2013

– Eduscol : « lutter contre l’homophobie et la transphobie à l’école »

– Etude IFOP 2018 pour la Fondation Jean Jaurès et la DILRAH (délégation intermnistérielle à la lutte contre le racisme l’antisémitisme et la haine anti LGBT)

– Affiche « tous égaux tous alliés »

– Tel 0810 20 30 40

– 17 mai journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie

5. Pour aller plus loin 

-Vincent Porhel, Genre, histoire et formation des enseignants : quels enjeux pour quelles pratiques ?, 2016

De l’histoire des femmes à la formation des enseignants au genre, Entretien avec Michelle ZANCARINI-FOURNEL réalisé par Marlaine CACOUAULT-BITAUD et Gilles COMBAZ, ENS Lyon, 2012

– Juliette Bossé, Le féminisme et l’enseignement, pour une égalité filles/garçons, Ligue de l’Enseignement et de l’Education permanente, Décembre 2012

Quelques pistes d’action sont présentées

– Canopé : Repérer les inégalités dans le quotidien

Une liste d’actions possibles est présentée.

– Revue GEF, Isabelle Collet, « Les oubliées du numérique » (présentation du livre)

« Au travers d’exemples issus de vingt ans de recherche sur le genre et l’informatique, l’auteur nous amène, tout d’abord, à mieux comprendre le fonctionnement des mécanismes qui opèrent autour de l’exclusion des femmes dans le numérique. Elle offre ensuite une analyse approfondie sur l’efficacité des différentes pratiques pour l’inclusion des femmes dans ce secteur et propose une stratégie d’action en trois étapes – intéresser, recruter, socialiser – pour changer le système et le rendre plus inclusif. »

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