Accueil>Enseignement et Transition écologique>La Transition écologique dans l’enseignement: quelle commande et quelles aides pour une politique publique ?

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Sites pédagogiques sur la Transition écologique

Comme on l’a vu dans les enjeux pédagogiques, la transition écologique a cela de particulier qu’elle est à la fois un contenu à diffuser aux élèves et une pratique, qui doit permettre aux adultes de montrer l’exemple et d’impliquer les élèves. Pas étonnant donc que le cadrage ministériel englobe ces deux dimensions.

Dans les programmes: le silence de la Transition au profit du Développement durable

On peut discuter pour savoir si les programmes actuels accordent plus ou moins de place à l’écologie que les précédents. Mais ici nous nous contenterons d’observer l’existant, au Collège et pour le Lycée dans l’enseignement général (dans l’enseignement technique et professionnel l’écologie est incluse dans les enseignements de spécialité).

Au Collège

On aura noté la prudence des intitulés: les termes « Développement durable » et « Transition écologique » n’y apparaissent presque pas ! On trouve juste, en Géographie, une timide évocation en 6e d’un « développement durable local des littoraux ». Et le programme de SVT de cycle 4 (5e-3e) annonce dans sa partie « Le corps humain et la santé »: « La question de la répartition des ressources alimentaires sur la planète peut être évoquée dans le cadre du développement durable et du changement climatique. »

Etonnante prudence, alors que le préambule du programme de SVT de cycle 4 affirme : « L’éducation au développement durable, au changement climatique et à la biodiversité est un enjeu majeur de formation des élèves. Les savoirs et compétences nécessaires pour étudier ces thématiques constituent l’un des fils conducteurs de l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre. »

D’ailleurs parmi les compétences développées on lit: « Expliquer comment une activité humaine peut modifier l’organisation et le fonctionnement des écosystèmes en lien avec quelques questions environnementales globales ».

Il faut aller dans les pistes d’EPI ou de projet interdisciplinaires (« Croisements entre enseignements »), notamment de Géographie, pour voir une formulation explicite « Transition écologique et développement durable » parmi 6 pistes possibles, avec des idées de croisements entre matières. Mais lorsque l’on voit la promotion de plus en plus discrète des EPI par le ministère (…), cet addendum ne peut remplacer une formulation explicite dans le coeur des matières et laisse l’image d’une transition écologique considérée comme un bonus autorisé en marge des programmes.

Ainsi, comme on le voit du reste dans le tableau, c’est la SVT qui porte l’essentiel de l’apprentissage de l’environnement et des atteintes qu’il subit : réchauffement climatique, érosion, mais aussi questionnement sur les ressources et la santé humaine. Après un questionnement global en 6e, ces apprentissages s’échelonnent dans une logique de cycle de la 5e à la 3e.

Pour en terminer avec cette approche globale, le préambule du programme de Cycle 4 de SVT annonce qu’au Lycée « les élèves approfondissent l’étude de ces ressources dans une perspective de développement durable »(on en reparlera…). Et au Collège ?

La Géographie vient en 6e et en 5e en complément apporter une réflexion sur la notion d’ « habiter » et sur la gestion des ressources.

Il est à noter que la Géographie de 5e (Thème 2) s’articule autour de la recherche d’un développement économique équilibré, assurant « une vie matérielle décente au plus grand nombre sans compromettre l’écoumène et sans surexploitation des ressources ». Un encouragement est donnée à « la démarche prospective ».

La SVT quant à elle stipule que, par exemple « la gestion des ressources naturelles doit être raisonnée pour tenir compte des besoins des êtres humains et des ressources limitées ».

On est donc clairement plus dans le Développement durable que dans la Transition écologique 

Les questions environnementales n’apparaissent explicitement dans aucun autre programme du Collège. En Langues vivantes et en Technologie, les programmes de cycle 4 (5e – 3e ) posent le Développement durable et la Transition écologique comme axes de croisement possible avec d’autres matières, dans une interprétation des programmes.

En Français, les thèmes annexes « L’être humain est-il maître de la nature ? » en 5e et « L’idée de progrès scientifique » en 3e peuvent être orientés vers les questions d’environnement.

Au lycée

On retrouve la SVT et la Géographie, mais l’équilibre est différent.

Tout comme au Collège, les termes « Développement durable » et « Transition écologique » n’apparaissent pas dans les intitulés du Tronc commun ! Les préambules réservent quant à eux quelques surprises. Le préambule des programmes de SVT (tronc commun et spécialité) indique que « Les élèves appréhendent les grands enjeux auxquels l’humanité sera confrontée au XXIe siècle, ceux de l’environnement, du développement durable »(et alii). C’est déjà ça, mais c’est bien peu.

Surtout, le programme de Géographie de Seconde se structure sur l’idée de « Monde en transition », avant l’idée de recomposition en 1ère puis de mutation en lien avec la mondialisation en Terminale. « Cette notion de transition désigne une phase de changements majeurs, plutôt que le passage d’un état stable à un autre état stable. » Comme on le voit le programme s’appuie sur une vision commune aux sciences humaines, non sur la spécificité de la Transition écologique. Pas de téléologie donc, mais « une clé d’analyse des grands défis contemporains […] plus qu’un objectif à atteindre ». C’est très clair.

Plus étonnant en revanche, il est déclaré que cette étude de la Transition « prolonge et enrichit la notion de développement durable, que les élèves ont étudiée au collège »… Le programme de Collège ne dit-il pas justement que c’est au lycée qu’on étudiera ce Développement durable ? Magie des programmes écrits à distance les un des autres.

Si l’on observe maintenant les enseignements du tronc commun, on voit que la question environnementale est portée par les matières de tronc commun en Seconde, puis principalement par les spécialités à partir de la 1ère.

Ainsi, en Seconde, la SVT introduit la question de la biodiversité, tandis que la Géographie interroge les équilibres spatiaux au sein des sociétés devant le changement climatique et la pression sur les ressources.

Mais les langues offrent aussi la possibilité d’aborder un thème riche en possibilités d’échanges : « Sauver la planète, penser les futurs possibles » (où l’on trouve même la cause animale !).

On aurait pu espérer des spécialités davantage d’implication, mais… là aussi pas d’occurrence des termes « Développement durable » et « Transition écologique »dans les programmes. Et faute de préambule, les programmes de spécialité autres que la SVT ne permettent pas de pousser plus avant cette investigation.

Dès la Première la SVT n’est plus accessible que sous forme de spécialité. Celle-ci aborde alors les écosystèmes, dans une approche assez utilitariste (« gestion rationnelle des ressources exploitables, assurant à la fois l’activité économique et un maintien des services écosystémiques ») puis en Terminale les climats et leurs évolution (« comprendre le passé pour agir aujourd’hui et demain »).

La Géographie du tronc commun délaisse l’écologie, que l’on retrouve en spécialité HGGSP avec un thème en Terminale intitulé « L’environnement, entre exploitation et protection ». Au programme les ressources (le bois), le climat et une étude de cas sur les Etats-Unis.

Les autres spécialités ne sont pas en reste, avec dans la spécialité SES un long développement sur la croissance qui s’achève sur l’évocation des « limites écologiques, notamment l’épuisement des ressources, la pollution et le réchauffement climatique ». Mais « l’innovation » et l’action publique sont appelées pour surmonter ces obstacles.

En spécialité Humanités, Littérature et Philosophie, on aborde en Première L’Homme et l’animal (XVIe-XVIIIe) et en Terminale L ‘Humain et ses limites (XXe-XXIe).

Seules exceptions, les langues vivantes du tronc commun proposent d’aborder en Première un questionnement sur les sciences débouchant sur « le réchauffement climatique, la réduction de la biodiversité ou encore l’épuisement des ressources naturelles », ainsi que la philosophie, qui en Terminale aborde la notion de « nature ».

Donc après une Seconde où tous les élèves ont continué sur un axe SVT-Géographie, la question environnementale est traitée dans un large panel de spécialités qui garantit que presque tous auront eu l’occasion d’approfondir ces questions.

Quelques observations pour conclure.

Tout d’abord on constate que les enjeux environnementaux sont bien présents, pour presque tous les élèves, tout au long du Secondaire. Mais ils sont très rarement désignés sous forme de Développement durable, contrairement aux précédents programmes, explicitement axés sur le Développement durable. Et la Transition écologique est la grande absente !

Ensuite, le point le plus fréquemment abordé est le réchauffement climatique, mais le recul de la biodiversité est plus rare (alors que c’est la principale urgence) tandis que l’épuisement des ressources naturelles est très fréquent (alors que c’est un point très complexe, voire une fausse évidence, comme le montre la réflexion sur les limites de la Terre abordée dans la partie de ce site consacrée aux concepts).

Enfin, l’Education morale et civique n’est pas mobilisée ! Les questions environnementales n’y apparaissent, de la 6e à la Terminale, que de manière indirecte. Ce qui est très étonnant, précisément en regard des questionnements éminemment citoyens de cette problématique.

Dans la vie de l’établissement

Les autorités ne se contentent pas de placer la Transition écologique dans les programmes. Celle-ci s’inscrit dans toute la vie du Collège ou du Lycée, à des degrés divers.

– Les élèves élisent désormais un « éco-délégué » dans chaque classe. Les élèves élus sont responsabilisés dans la mise en œuvre d’actions écologiques, jusqu’au Comité de pilotage académique de l’Education au Développement durable, qui compte désormais des élus élèves. CAVL et CNVL se doivent aussi de tenir chaque année une séance dédiée à l’environnement.

– Chaque établissement se voit désormais enjoint de posséder un espace de biodiversité, potager, arbre planté, nichoir ou composteur.

– Un appel à projet « Ecole verte », prix de l’Education au Développement durable (2030), est aussi lancé, pour soutenir les projets les plus innovants.

– Un concours Climat, Usages, Bâtiments Scolaires (CUBE-S) distingue les établissements qui auront collectivement mené une réflexion visant aux économies d’énergie.

– Dans chaque académie, le Rectorat peut attribuer un label E3D (avec plusieurs niveaux) pour valider la démarche globale de Développement durable de l’établissement.

– Enfin, certains établissements se lancent dans la rédaction d’un Agenda 21 scolaire, dans la lignée des Agenda 21 de l’ONU, des plans d’action à moyen terme visant des objectifs de développement durable.

En parallèle, région par région, des politiques sont menées par les élus qui soutiennent ou incitent les politiques vertueuses pour l’environnement dans les établissements, pour la cantine ou pour la rénovation des locaux notamment, puisque c’est la région qui en a la charge.

On le voit, le Projet d’établissement peut être un outil de mise en œuvre d’actions diverses, pouvant être reconnues publiquement.

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