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Cadre général

Tous les enseignants ont désormais trois « rendez-vous de carrière » (à partir de septembre 2025).

Ils sont fixés pour la classe normale lors du passage au 3e échelon (sans impact sur la promotion), puis en fin de classe normale lors du 9e échelon à partir du moment où on est promouvable à la hors classe, et lorsqu’on devient promouvable à la classe exceptionnelle, au 4e échelon de la hors classe. Soit environ après 4 ans, 16 ans et entre 20 et 30 ans de carrière. Il est à noter que, contrairement aux anciennes « inspections », il semblerait que l’on ne puisse plus demander à être « inspecté » directement auprès des IA-IPR, tout au plus peu-t-on contester l’appréciation finale d’un rendez-vous de carrière.

Ces temps sont précédés de la rédaction d’un « bilan professionnel » par l’enseignant, qui servira de document d’appui. Ils comportent une inspection, suivie d’un entretien avec l’inspecteur puis d’un entretien avec le chef d’établissement, qui complèteront ensuite une grille comportant 11 items (5 pour l’IPR, 3 pour le chef d’établissement, 3 en commun)[1], présentés dans le tableau ci-joint. Au terme de la procédure, qui comporte des possibilités d’appel par l’enseignant, un avis final sera porté par le recteur : « à consolider », « satisfaisant », « très satisfaisant » ou « excellent » ; il conditionnera la proposition de promotion qui sera soumise à la CAP.

Attention, par-delà la dimension salariale, ces temps constitueront les rares évaluations du travail d’un enseignant par ses autorités. Que ce temps se déroule mal, et on aura des années pour ressasser un rapport dont chaque mot, bien que pesé avec une prudence de jésuite, peut faire très mal dans la lecture par l’intéressé. Il est bien loin le temps des inspections tous les 5 ans avec possibilité d’en redemander, où l’erreur était possible. Qu’on songe à l’entretien annuel en entreprise… L’Education est un bien mauvais patron.

En-dehors de ces trois moments, la venue d’un inspecteur relève donc, au profit de l’équipe ou d’un enseignant seul, d’une logique d’accompagnement : explicitation des réformes en cours, aide à un enseignant en ayant exprimé le besoin.

Passons donc à l’inspection.

Une inspection est d’abord une évaluation du travail réalisé par l’enseignant. L’inspecteur ne privilégie ni ne néglige aucune forme de cours (ni aucun moment de l’année : jusqu’au mois de juin un enseignant doit faire son travail…). Il consacre une heure à l’observation d’une séquence de travail, accompagné du chef d’établissement, durant laquelle il observe et parfois se déplace pour voir comment réagissent les élèves au travail qui leur est confié. L’inspecteur saura ressentir si l’enseignant a su poser un climat de confiance et des habitudes de travail, si la classe comporte une ou plusieurs fortes têtes posant problème, ou si rien ne se passe.

Puis pendant une heure a lieu l’entretien avec l’enseignant. Pour étayer son analyse, il faut qu’il puisse voir le cahier de texte de la classe (en version numérique, la chose est anticipée avant l’entretien) et souvent quelques cahiers d’élèves. La conversation peut aborder une explicitation du cours qui vient d’avoir lieu, puis traiter d’une question que l’inspecteur souhaite aborder, en lien avec les axes pédagogiques du moment. Ainsi, c’est l’enseignant qui sera questionné, sur ce qu’il aura mis en place comme dispositifs pour faire progresser les élèves qui lui sont confiés (inutile donc de les incriminer).

On l’aura compris, eu égard à la faible durée de l’entretien, un rendez-vous professionnel doit être anticipé pour qu’il se déroule dans de bonnes conditions. Les attentes des inspecteurs sont connues, à travers les éléments présents sur le site académique, les stages dispensés lors des dernières années, les réunions diverses (à l’occasion du brevet ou du bac notamment), les échos des collègues déjà inspectés, etc. On sait donc à quoi s’attendre. Si l’on choisit de pratiquer une pédagogie en opposition avec les prescriptions du corps d’inspection, il ne faut pas s’étonner de ne pas recevoir de compliments.

Avec tout le respect qui s’impose pour la charge considérable de travail des IPR.

Il est donc fondamental de préparer soigneusement son bilan professionnel :

–          CV mis à jour, avec les actions menées au cours des années (dont les fonctions de professeur principal, les projets mis en place, les stages suivis)

–          Description des choix d’interprétation du programme, progressions des compétences, et structurations méthodologique et conceptuelle (même succinctement).

C’est un moment privilégié pour s’interroger sur ses pratiques pédagogiques, observer ce en quoi on est satisfait ou au contraire insatisfait, et s’interroger sur ce que l’on envisage de mettre en œuvre pour être plus efficace au service des élèves. C’est aussi un moment d’affichage : on ne peut reprocher aux autorités de ne pas prendre en compte ce qu’on ne leur a pas montré. Ou pour dire les choses plus brutalement, si on ne se défend pas soi-même, peut-on exiger des autres qu’ils fassent notre panégyrique ?

Et donc le jour de l’inspection, il n’y a plus qu’à fournir :

–          L’analyse de la séquence en cours : insertion dans la séquence (avant / après, dont future évaluation), objectifs, structure.

–          Les documents du cours.

–          Un ou des cahiers d’élèves

On sent bien la manière dont cette modalité d’évaluation va influencer la manière d’envisager le métier.

Depuis toujours certains s’investissaient dans le conseil d’administration, étaient régulièrement professeur principal, montaient des projets. Mais l’idée demeurait que le travail en classe demeurait la seule aune à laquelle devait être jugé un enseignant, et nombreuses étaient les déconvenues lorsque certains enseignants assurés de fournir un bon travail face à leurs élèves en voyaient d’autres obtenir des promotions plus rapides. D’ailleurs les syndicats, attachés en majorité à une avancée égalitaire dans la carrière, redoutent que le « mérite », très nettement moins valorisé avec cette réforme ne revienne subrepticement au travers de ce bilan professionnel. Fondamentalement toutefois, il n’est pas incohérent qu’une institution qui a besoin pour fonctionner de quantité d’actions chronophages mais peu rémunérées cherche à disposer de moments de récompense, plus recognitifs que coûteux en réalité. Et l’engagement syndical fait partie de ces engagements nécessaires.

Cette réforme a donc un impact sur la rémunération et les perspectives de promotion, abordées dans une autre page de ce site.


[1] https://www.education.gouv.fr/cid118572/rendez-vous-carriere-mode-emploi.html


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